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Dans ce blog, je publie régulièrement des textes sur des sujets d'actualité. J'en reprends certains en anglais.

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Le choix par les militants LR de Bruno Retailleau comme candidat à l’élection présidentielle de 2027 n’apporte aucune solution aux problèmes dont souffre la droite depuis 2012. Elle met simplement en lumière ses contradictions et ses faiblesses structurelles. Derrière l’apparente unité affichée par LR se cachent en effet des divisions profondes, une base militante en déclin et une absence de coordination avec les autres partis du centre et de la droite. En outre, le choix de M. Retailleau ne conjure pas le risque d’une multiplication des candidats issus de la droite et du centre, qui les priverait une troisième fois de l’accès au second tour de la présidentielle.


Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur le 5 juin 2025. Crédits: Anthony Montardy. Licence Creative Commons.
Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur le 5 juin 2025. Crédits: Anthony Montardy. Licence Creative Commons.

 


1. Un référendum révélateur des faiblesses de LR

 

Le référendum interne organisé par LR pour décider du mode de désignation de son candidat a abouti à une large victoire de Bruno Retailleau : 73,8 % des votants se sont en effet prononcés pour que le président du parti porte ses couleurs aux présidentielles. Seuls 12,2% ont soutenu l'organisation d'une primaire réservée aux candidats LR et 14% une primaire ouverte.

 

La victoire de M. Retailleau n’a toutefois rien d’un plébiscite. Il a été élu président du parti il y a moins d’un an, et il aurait été surprenant que les militants ne lui renouvellent pas leur confiance. Son score doit même être relativisé : la participation a été médiocre, avec seulement 60 % des inscrits. En outre, le nombre des adhérents est en net déclin : le parti en comptait 120.000 en mai dernier, contre moins de 77.000 aujourd’hui. En second lieu, le résultat du référendum n’a manifestement pas apaisé les tensions au sein de la formation. Plusieurs de ses figures influentes ont exprimé des réserves quant à la légitimité du processus ou au choix de M. Retailleau, et affiché leurs divergences. Laurent Wauquiez, par exemple, a rappelé que la désignation d’un candidat ne suffisait pas à garantir une dynamique électorale, tandis que Jean-François Copé a souligné que le parti devait se reconstruire avant de prétendre à la victoire. La stratégie droitière de M. Retailleau – qui a soutenu Eric Ciotti dans son duel avec Christian Estrosi à Nice – est aussi contestée par ceux qui, comme Gérard Larcher, pensent que l’accès du candidat LR au second tour dépendra de sa capacité à mobiliser les électeurs du centre.

 

Le principe et les modalités du référendum interne ont, eux-mêmes, été critiqués. Le choix de poser trois questions différentes, de fait mutuellement exclusives, était en effet discutable, méthodologiquement parlant. La campagne a aussi été menée dans l’urgence, sans véritable débat, et certains leaders du parti se sont ostensiblement abstenus ou ont déclaré avoir voté blanc – comme plus de 1.500 adhérents. Enfin, se pose la question de la légitimité de cette désignation : les 45.000 adhérents qui ont choisi M. Retailleau sont-ils représentatifs de l’électorat de droite en France ?

 

 

2. Le problème de la multiplication des candidats reste entier

 

Même si Bruno Retailleau est officiellement le candidat de LR aux prochaines présidentielles, la droite et le centre restent fragmentés. Face à l’absence de candidat sortant et de candidats naturels dans la plupart des partis – à l’exception du RN et de LFI – de nombreux responsables se sentent pousser des ailes. On compte plus de 50 candidats à la candidature… Les précédentes élections présidentielles, tout comme les enquêtes d’opinion, montrent en effet que la situation est très volatile. Puisque l’incertitude domine et que tout semble possible, les vocations se multiplient. Edouard Philippe (Horizons) et Gabriel Attal (Renaissance) sont bien décidés à se présenter, et une ou plusieurs candidatures dissidentes ne sont pas à exclure du côté des Républicains. Or, en 2017 et 2022, la dispersion des voix entre les différents candidats de droite avait conduit à leur élimination face à Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

 

Si la droite part à nouveau en ordre dispersé, il est probable que le second tour réunisse Jordan Bardella et un candidat de gauche. Une telle configuration signerait un nouvel échec historique de la droite républicaine et traduirait son incapacité structurelle à incarner une alternative crédible face à l’extrême-droite, au centre et à la gauche. Certains Républicains espèrent encore qu’une union avec d’autres forces de droite ou du centre (comme Horizons et le MoDem, voire Renaissance) permette de concentrer les voix. Mais cette stratégie se heurte à plusieurs obstacles. Il y a d’abord des divergences idéologiques : LR reste ancré dans une ligne conservatrice – voire droitière, depuis l’arrivée de M. Retailleau à la tête du parti – alors qu’Édouard Philippe et Gabriel Attal défendent des positions plus libérales et centristes. Il y a ensuite les ambitions individuelles des uns et des autres qui rendent toute alliance improbable sans un accord préalable sur le partage des rôles. Les leaders de la droite répètent tous à l’envi qu’un seul d’entre eux doit se porter candidat, mais ils sont dans la situation de ces héros de film d’action qui foncent au volant de leurs bolides l’un vers l’autre, à qui renoncera le premier. Enfin, il y a un manque de leadership : à l’inverse de 2017, où François Fillon avait réussi à fédérer une large partie de la droite – avant d’être rattrapé par les affaires – LR ne dispose pas aujourd’hui d’une figure capable de rassembler.

 

Face à cette fragmentation, une partie de l’électorat de droite pourrait se tourner vers l’abstention, le vote utile pour le candidat modéré le mieux placé ou le vote protestataire. En 2022, Valérie Pécresse (LR) et Anne Hidalgo (PS) avaient fait les frais de ces logiques au bénéfice d’Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, et réalisé des scores historiquement bas : 4,78% pour la première et 1,75% pour la seconde.

 

 

3. Une primaire est-elle encore possible ?

 

En 2017, la primaire ouverte de la droite et du centre avait été présentée comme une solution innovante pour éviter les divisions et désigner un candidat légitime et consensuel. Le succès de François Fillon avait montré que le modèle pouvait fonctionner – abstraction faite des scandales qui l’ont ensuite entravé. Mais en 2022, la primaire avait été un échec : elle s’était soldée par un fiasco organisationnel, une division durable du camp des Républicains et un naufrage électoral pour Valérie Pécresse. La situation n’avait pas été meilleure à gauche, avec la désignation à l'issue d'une primaire de Christiane Taubira, qui avait fini par renoncer à se présenter.

 

Aujourd’hui, le recours à une primaire apparaît davantage comme un pis-aller que comme une solution. Elle est le symptôme de l’émiettement politique en France (rappelons que l’Assemblée nationale compte 11 groupes parlementaires), de la montée des extrêmes et de l’absence de leadership. Elle pose aussi trois problèmes cruciaux. D’abord, organiser une primaire nécessite une logistique importante (budget, sécurité, médiatisation…), ce qui pose la question de son financement ; les partis concernés n’ont plus les moyens de mobiliser des ressources comparables à celles de 2017 – surtout pas LR, qui souffre encore de n’avoir pas été remboursé de ses frais de campagne en 2022. Ensuite, une primaire pourrait, comme en 2022, exacerber les tensions entre les courants de la droite, sans garantie de résultat. En dernier lieu, à un an du scrutin, personne chez LR ne s’accorde sur ce qu’il faut entendre par « primaire ». La question de son périmètre est très contestée : faut-il inclure des candidats du centre et/ou de la droite radicale ? Celle de la base électorale n’est pas moins disputée : faut-il réserver la primaire aux militants des partis impliqués, l’ouvrir aux sympathisants, voire à tous les électeurs ? Dans le dernier cas, les risques de manipulations sont réels, comme en témoigne la désignation surprise en 2017 de Benoît Hamon au terme de la primaire de la gauche, à laquelle des citoyens venus du centre et de la droite ont sans doute participé pour favoriser le candidat le moins susceptible de l’emporter.

 

 

4. Les sondages, une alternative hasardeuse

 

Face à l’impossibilité de désigner un candidat par la voie d’une primaire ou d’un référendum interne, LR pourrait s’en remettre aux sondages. L’idée serait de désigner le candidat le mieux placé dans les intentions de vote, comme ce fut le cas en 2012 avec Nicolas Sarkozy ou en 2017 avec François Fillon. Ce serait aussi le meilleur moyen pour le parti de trouver les financements nécessaires à la campagne : après la débâcle de 2022, les banques exigeront en effet des garanties, ce qui incitera le parti à opter pour le candidat le plus capable de franchir le seuil des 5% des suffrages – qui conditionne le remboursement des frais de campagne. Rappelons que, pour l’heure, les sondages ne créditent M. Retailleau que d’un score timide, inférieur à 10%.

 

Cette stratégie est cependant risquée. D’abord, les sondages ne reflètent pas la réalité électorale finale, tout particulièrement pour les présidentielles, qui donnent toujours lieu à une campagne pleine de rebondissements. Lors des derniers scrutins, les sondages réalisés à un an de l’échéance ont toujours été désavoués par les électeurs. L’annonce des candidatures officielles et d’éventuels alliances et ralliements est en effet très tardive. Les dynamiques électorales sont aussi fortement liées à des évènements (crise économique ou internationale, scandale, contre-performance lors d’un débat, retrait subi d’un candidat) qui peuvent bouleverser la donne.

 

Enfin, le recours aux sondages pour départager les candidats porte un triple risque. Le premier est celui de tensions entre les prétendants d’un même parti, qui se trouvent en compétition jusqu’au dernier moment, et n’ont pas le temps d’enterrer la hache de guerre et de se rallier au candidat officiel. Le deuxième risque est la démobilisation des électeurs face à un choix dépourvu d’enthousiasme, produit d’un processus purement arithmétique et stratégique. Enfin, cette approche des choses laisse planer le doute quant à la capacité du parti à promouvoir une ligne politique : la multiplicité des candidats à l’investiture s'oppose à l’élaboration collective d’un programme et, quand bien même il existerait, rien ne garantit que le candidat finalement choisi ne le reprenne à son compte.

 

Olivier Costa

Dernière mise à jour : 13 avr.

(Article repris par le think tank Telos, le 13 avril 2026: https://www.telos-eu.com/fr/lecons-echec-orban-elections-hongroises.html)


La Hongrie tourne la page : Viktor Orbán, pilier du populisme européen, subit une défaite historique aux législatives. Il faut en tirer trois leçons capitales pour l’Europe : la résilience démocratique face aux discours manipulateurs, l’épuisement du soutien trumpiste pour les illibéraux, et la nécessité de sanctionner les élites tentées par l’autoritarisme sans sacrifier les citoyens.

 

 

 

Viktor Orban et Donald Trump au sommet de Davos, le 7 février 2026 (licence Creative Commons)
Viktor Orban et Donald Trump au sommet de Davos, le 7 février 2026 (licence Creative Commons)

Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, est l'idéal-type du leader populiste et illibéral en Europe. Son maintien au pouvoir depuis 2010, malgré des détournements de fonds, des atteintes aux libertés et une proximité affichée avec des régimes autoritaires, semblait jusqu’à présent inébranlable. Pourtant, les élections législatives hongroises de ce dimanche ont réservé une surprise : son parti, le Fidesz, a nettement perdu le pouvoir. Ce basculement politique n’est pas anecdotique mais s’inscrit dans un contexte géopolitique en pleine mutation, marqué par la guerre en Ukraine, l’évolution des rapports de force internationaux, et une prise de conscience croissante des citoyens européens face aux dérives autoritaires.


Ce résultat ouvre des perspectives inédites pour l’intégration européenne, la gestion de la crise ukrainienne, la sécurité en Europe, l’équilibre des puissances et la restauration de la démocratie en Hongrie. Il rappelle également que les peuples, même dans des sociétés sous haute pression médiatique et politique, finissent par réagir. L’échec d’Orbán est bien plus qu’une défaite électorale : c’est une triple leçon pour l’ensemble de l’Europe.

 


1.  La réponse immunitaire des sociétés face aux populistes


Le premier enseignement de cette élection est que les électeurs hongrois ont finalement su se libérer de l’emprise d’un discours populiste qui dominait depuis quinze ans. Viktor Orbán a construit son pouvoir sur une rhétorique anti-élites, anti-migrants et anti-UE, tout en entretenant un culte de la personnalité, en contrôlant les médias et en instaurant un régime autoritaire. Pourtant, malgré les tentatives de verrouillage démocratique (réformes judiciaires, capture des institution, clientélisme, modifications des règles électorales...), une partie significative de la population a choisi de tourner la page.


Depuis le début des années 2000, les observateurs se demandent si les sociétés européennes peuvent résister à l’attrait des discours simplistes et des promesses électorales démagogiques. La réponse est désormais claire : les peuples finissent par comprendre les manœuvres et les mensonges des populistes. En Hongrie, la mobilisation électorale a été massive. Les électeurs ont sanctionné nettement un gouvernement qui avait échoué sur le plan économique (inflation galopante, corruption endémique) et sur le plan social (pauvreté, inégalités), et était devenu le cheval de Troie de Vladimir Poutine et Donald Trump au sein des institutions européennes.


Cette réaction s’apparente à une réponse immunitaire collective : après des années de pouvoir sans partage, les citoyens hongrois ont développé une forme d’immunité face au discours d’Orbán. Les scandales (affaires de corruption, détournements de fonds européens, alliances douteuses avec le Kremlin et la Maison blanche) et les outrances verbales ont fini par peser plus lourd que les promesses de stabilité et de souveraineté nationale. Les réseaux sociaux, malgré leur rôle dans la polarisation de la société et la diffusion des infox du gouvernement, ont permis le partage d’informations alternatives aux discours officiels.


Cette leçon doit résonner en Europe, où d’autres partis populistes et eurosceptiques capitalisent sur les frustrations sociales. La Hongrie montre que la résilience démocratique est possible, mais qu’elle exige une vigilance constante. Les partis traditionnels et les institutions européennes doivent désormais travailler à restaurer la confiance dans les valeurs démocratiques, en proposant des alternatives crédibles aux discours simplistes et haineux.

 

2.  Le soutien de Trump n’est plus un atout pour les leaders de la droite radicale


Un autre élément clé de cette défaite est l’évolution du contexte international. Viktor Orbán était un proche de Vladimir Poutine et Donald Trump, dont il partageait les valeurs réactionnaires, les penchants affairistes et le rejet de l’Union européenne.


Orbán a longtemps entretenu des relations ambiguës avec la Russie, allant jusqu’à bloquer à répétition des résolutions et décisions européennes contraires aux intérêts de Poutine, et à l’informer en temps réel des débats au sein des instances de l’Union. Son refus de soutenir militairement l’Ukraine et ses contacts réguliers avec le Kremlin ont fini par le couper des autres États membres de l’UE. En 2024, alors que l’Europe se mobilisait pour soutenir Kiev, la Hongrie est restée à l’écart.


L’Union européenne a longtemps tergiversé face à la Hongrie, en raison des divergences entre partisans de la méthode forte – qui exigeaient des sanctions, telles qu’une suspension des droits de vote de la Hongrie et la fin des financements européens – et ceux du dialogue – qui estimaient qu’il ne fallait pas pousser Orbán dans les bras de Poutine et que le conflit n’était pas une solution. L’Union a fini par conditionner les financements européens au respect des valeurs de l’Union européenne. Cette stratégie s’est montrée efficace vis-à-vis d’un leader qui critiquait sans retenue l’Union européenne, mais finançait sa politique grâce à ses financements.


Comme j’ai eu l’occasion de l’indiquer il y a un an déjà, la réélection de Donald Trump a d’abord présenté une fantastique opportunité pour les leaders de la droite radicale en Europe. Alors que la reconnaissance internationale leur faisait largement défaut, ils bénéficiaient subitement du soutien de Président de la première puissance mondiale. Leur programme se trouvait aussi légitimé : comment, en effet, critiquer des orientations politiques approuvées par la majorité des citoyens Américains ? Enfin, Trump promettait de soutenir activement toutes les formations politiques européennes alignées sur l’idéologie MAGA afin, notamment, de mettre à terre l’Union européenne.

Mais ce parrainage est devenu embarrassant, à mesure que Trump se radicalisait et que les Américains remettaient en cause sa politique, intérieure comme extérieure. En outre, l’agressivité du Président américain à l’égard de ses partenaires européens devenait problématique ; comment, en effet, se réclamer d’un leader qui entendait mettre à terre les Nations européennes ?

 


3.  Il ne faut pas exclure un État de l’UE à cause de ses leaders


En troisième lieu, la défaite d’Orbán rappelle une vérité fondamentale : les citoyens européens ne doivent pas être punis pour les erreurs de leurs dirigeants. L’Union européenne a souvent été critiquée pour son manque de fermeté face aux États membres déviants. Certains, dans les instances européennes et le chancelleries, ont envisagé de pousser la Hongrie à activer l’article 50 du Traité sur l’Union européenne, pour obtenir sa sortie. Pourtant, l’exemple hongrois, après l’exemple polonais, montre qu’il est possible de concilier fermeté et solidarité, dans l’attente d’un changement électoral.


L’UE a imposé des sanctions à la Hongrie pour ses violations de l’État de droit, notamment via le mécanisme de conditionnalité budgétaire. Ces mesures ont eu un impact économique certain, notamment sur les fonds européens destinés aux citoyens. Pourtant, la victoire de l’opposition pro-européenne montre que les Hongrois ont su distinguer la responsabilité de leurs dirigeants de leur appartenance à l’UE. Le succès massif de l’opposition hongroise devrait inciter l’UE à affiner sa stratégie : les sanctions doivent cibler les élites corrompues, et non les populations. Il est possible de soutenir les sociétés civiles et les médias indépendants, tout en maintenant une pression sur les dirigeants. Le cas hongrois – qu’il s’agisse du résultat des élections ou des sondages d’opinion – prouve que les citoyens restent attachés à l’Europe, malgré les dérives de leur gouvernement.


Pour éviter que d’autres États ne suivent la voie de la Hongrie, l’UE doit renforcer ses mécanismes de protection de l’État de droit, tout en développant des canaux de dialogue avec les sociétés civiles. Les fonds européens doivent être conditionnés au respect des valeurs de l’Union, celles qui figurent dans les traités qui ont été ratifiés en pleine connaissance de cause par les États membres, mais aussi utilisés pour soutenir les projets locaux et les initiatives citoyennes.

 


Un espoir pour la démocratie, en Europe et ailleurs


La défaite de Viktor Orbán est bien plus qu’un simple changement de gouvernement : c’est un signal fort pour l’Europe. Elle montre que les peuples peuvent se libérer du joug des populistes, que l’alliance avec des leaders autoritaires peut devenir un fardeau électoral, et que les sanctions européennes peuvent être efficaces sans punir les citoyens. Cette victoire de l’opposition pro-européenne offre une lueur d’espoir pour la restauration de la démocratie en Hongrie et, plus largement, pour la défense des valeurs progressistes, en Europe comme dans le reste du monde. L’échec d’Orbán est un camouflet pour Donald Trump et Vladimir Poutine, qui l’ont soutenu sans compter. C'est un avertissement pour tous les leaders de la droite radicale en Europe, qui se sont engagés à ses côtés. Mais c'est aussi un rappel à l'ordre pour tous les progressistes, qui doivent comprendre que la démocratie n’est pas un acquis, mais une construction permanente, qui exige vigilance, engagement et solidarité.


Olivier Costa

Le second tour des municipales a révélé un paysage politique local qui n’a jamais été aussi fragmenté. Parce que la France compte 34 935 communes de toutes tailles, il était facile pour les responsables politiques de clamer leurs victoires respectives au soir du scrutin. Quelques jours plus tard, les appareils des partis se sont réunis et les masques sont tombés. On peut enfin tirer les leçons de la séquence. Nous en retiendrons trois : l’émiettement du paysage politique local, le rejet des alliances opportunistes, et l’absence de clarification en vue des présidentielles.

 

 

1.     La fragmentation politique nationale a contaminé le local

 

Jusqu’en 2017, la Cinquième République a été gouvernée par deux blocs, la gauche et la droite, composés chacun de deux grandes formations – socialistes et communistes, d’un côté, gaullistes et démocrates-chrétiens, de l’autre. Mais ce schéma a souffert des divisions au sein de ces partis et de l’émergence de nouveaux protagonistes – RN, Écologistes, extrême-gauche… Ces évolutions ont permis à Emmanuel Macron de se faire élire en 2017, et d’achever le dynamitage de la bipolarisation à la française.

 

Cependant, le macronisme ne s’est pas imposé comme une force politique centrale, les partis traditionnels ont résisté, et les extrêmes se sont renforcés. En conséquence, l’Assemblée nationale est émiettée en 11 groupes politiques, et reste dépourvue de majorité. Et plus de 50 responsables politiques ont déjà fait connaître leur intention de se présenter aux élections présidentielles de 2027...

Alors qu'on ne comptait que 23 partis en 1990, il y en a aujourd'hui 652 – en ce inclus les centaines de « micro-partis » que les élus créent pour financer leurs activités politiques ou nourrir leurs ambitions présidentielles. Le nombre de militants n’a, quant à lui, jamais été aussi faible.

 

Désormais, l’émiettement politique qui mine l’Assemblée nationale touche les communes, ou, du moins, les plus grandes d’entre-elles, celles où la campagne met aux prises des listes aux étiquettes politiques bien définies. Tous les partis prétendent avoir gagné, mais tous sont, soit en recul, soit déçus.


 

Bilan du second tour (ne concerne pas les 94% de Communes où un seul tour à suffi)
Bilan du second tour (ne concerne pas les 94% de Communes où un seul tour à suffi)

Les partis les mieux ancrés à l’échelle locale, le PS et LR, voient le nombre de communes qu’ils détiennent baisser, du fait de la concurrence des autres forces politiques parties à la conquête des villes (voir le graphique ci-dessous). Le bilan de ces derniers n’est toutefois pas fameux. Le RN revendique quelques succès, mais il se heurte à un plafond de verre – l’incapacité à mobiliser des électeurs issus des partis modérés – et ses résultats sont sans rapport avec son poids dans l’électorat, puisqu’il est le premier parti de France. LFI est dans une situation symétrique : partant d’encore plus bas, il a pu revendiquer une progression, mais il a perdu les deux seules villes qu’il dirigeait et ses succès sont limités. Renaissance clame également un succès, mais le constat est sans appel : le parti n’a pas réussi à s’ancrer localement, et il disparaîtra sans doute avec le départ d’Emmanuel Macron de l'Elysée. Quant aux Écologistes, qui avaient enregistré des succès remarquables dans les grandes villes en 2020, ils sont en déroute, en raison d’un positionnement politique illisible – notamment vis-à-vis de LFI –, d’un bilan contrasté et des attaques méthodiques dont ils font l’objet depuis quelques années à droite et dans certains médias.


 



Désormais, ce sont trois France politiques qui se dessinent. Il y a celle des grandes villes, qui sont surtout gouvernées par la gauche non-LFI (Paris, Lyon, Marseille, Lille, Nantes, Montpelier, Rennes, Strasbourg, Saint-Etienne, Grenoble…) et le centre et la droite modérée (Bordeaux, Toulouse, Toulon, Le Havre, Reims, Angers…). Elles sont dominées par un électorat aisé et diplômé, sensible au progrès social et sociétal ainsi qu'aux enjeux environnementaux, que l'on retrouve dans toutes les grandes villes des démocraties avancées (Londres, New-York, Münich, Rome, Barcelone, etc.). Il y a celle des villes moyennes, qui sont largement dirigées par Les Républicains et, dans une moindre mesure, le PS. Et il y a celle des villes de la périphérie (banlieues ou territoires en crise économique), où les partis extrémistes rencontrent un succès croissant : le RN, qui capitalise sur le vote des citoyens animés par un sentiment de déclassement et de surdité des élites à leur endroit, et LFI, qui mobilise dans les rangs de la jeunesse et des habitants des quartiers défavorisés.


 

Source: Le Monde / Ministère de l'Intérieur
Source: Le Monde / Ministère de l'Intérieur

 


 

2.     Les électeurs n’apprécient pas les alliances contre-nature

 

Certains anticipaient de nombreuses fusions entre des listes LR et RN, à la faveur de la montée en puissance du parti de Jordan Bardella et de l’évolution des positions des militants LR, désormais favorables à ce rapprochement. Mais elles n’ont pas eu lieu ; on ne peut que mentionner le cas de Nice, où Eric Ciotti, allié du RN, a été élu avec le soutien tacite de Bruno Retailleau, le patron des Républicains, qui n’a pas appelé à voter pour le candidat Horizons Christian Estrosi. Cette perspective de fusion des droites a néanmoins alimenté un récit « antifasciste », destiné à justifier les alliances entre les listes de la gauche unie, conduites par le PS ou les Écologistes, et les listes LFI concurrentes, et ce malgré l’engagement pris par Olivier Faure et d’autres leaders de gauche de couper les ponts avec les Insoumis.


Ce revirement a été mal perçu par les électeurs de gauche, qui se sont laissé tenter par l’abstention ou le vote pour des listes du centre et de la droite. Les analyses détaillées des résultats dans les grandes villes où ces attelages ont été défaits montrent une importance déperdition de voix entre les deux tours. Le phénomène n’est pas nouveau. Il faut se souvenir qu’en 2020, nombre de grandes villes avaient été conservées ou conquises par la gauche alliée aux écologistes en réaction à des alliances de second tour entre des candidats macronistes et Les Républicains – comme à Strasbourg, Bordeaux ou Clermont-Ferrand.

 

Les sondages montrent que les alliances des partis de gauche avec LFI sont massivement rejetées, y compris par les militants du PS. Celles entre LR et le RN sont vues plus favorablement par les militants de droite, mais jugées durement par les autres citoyens. Ces réticences mettent le PS et LR dans une situation inextricable en vue des présidentielles. En effet, certains estiment que, sans alliance avec les partis radicaux, les prochaines législatives (mais aussi départementales et régionales) risquent d'être un désastre pour le PS comme pour LR. Mais ces alliances suscitent des conflits au sein des deux partis, et si les candidatures aux présidentielles s'y multiplient, il est probable que le second tour verra s’affronter Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella, et que le leader du RN l’emportera.

 


3.     Les municipales ne clarifient pas le jeu pour les présidentielles

 

De nombreux responsables politiques et commentateurs espéraient que les municipales clarifient la situation politique à l’échelle nationale. A l’approche des présidentielles, tout scrutin est en effet une opportunité de mesurer les forces en présence, mais les résultats complexes des municipales ne permettent pas de tirer un bilan univoque de la situation.

 

À l’exception des formations extrémistes – LFI, RN et Reconquête ! – aucune n’a de candidat pressenti pour les présidentielles. Les partis ne s’entendent même pas sur la procédure de désignation. Chez Les Républicains, on hésite entre une primaire fermée (réservée aux candidats du parti et aux adhérents), une primaire semi-ouverte (ouverte aux candidats des autres formations du centre et de la droite, mais tranchée par les seuls adhérents) et la désignation directe du candidat par les adhérents. Dans les rangs de LR certains, comme Laurent Wauquiez et David Lisnard (qui vient de quitter le parti pour cette raison), plaident pour une primaire ouverte, qui inclurait les centristes et Sarah Knafo. Au sein de la gauche non-insoumise, c’est la cacophonie : le PS n’a pas participé à la dernière réunion inter-parti sur le sujet, et son Premier Secrétaire est très contesté en interne au sujet de son attitude vis-à-vis de LFI.

 

Dans les deux camps, la question des alliances reste entière : LR doit-il s’entendre avec les autres partis du centre et de la droite en vue d’une candidature unique ? Ou envisager une alliance avec le RN – comme le prône Eric Ciotti ? Le PS doit-il couper les ponts avec LFI ou ressusciter le NFP en vue des prochaines législatives ? Doit-il participer à une primaire de la gauche ? Si oui, doit-elle inclure LFI ? Faut-il, au contraire, envisager des contacts avec les partis du centre et de la droite modérée, et créer un Front républicain contre, à la fois, LFI et le RN ?

 

Les divisions sont profondes et entretiennent une confusion propice à la multiplication des candidatures. Deux rationalités s’affrontent, et la synthèse n'est pas proche. Fondamentalement, les partis auraient intérêt à s’entendre rapidement, pour limiter le nombre des prétendants et permettre à leur candidat de débuter sa campagne tôt et de se faire connaître. Les piètres résultats d’Anne Hidalgo (1,75%), Valérie Pécresse (4,78%), Yannick Jadot (4,63%) et Fabien Roussel (2,28%) en 2022 plaident en ce sens. Cela étant, personne ne veut faire le premier pas et la première concession, et les nombreux outsiders savent qu’ils ne pourront tirer leur épingle du jeu que dans la confusion et le chacun pour soi. François Hollande et Emmanuel Macron, que personne ne voyait à l'Elysée six mois avant les élections de 2012 et 2017, peuvent en témoigner…

 

 

Olivier Costa

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