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Dans ce blog, je publie régulièrement des textes sur des sujets d'actualité. J'en reprends certains en anglais.

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Dernière mise à jour : 29 sept. 2025




Emmanuel Macron n’a pas tardé à trouver un successeur à François Bayrou. Ce sera Sébastien Lecornu, ministre de la Défense, homme de droite et fidèle du Président. A gauche comme au RN, on crie au scandale. Au PS, on cite Albert Einstein : « La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à des résultats différents ». Du côté de Renaissance, on adopte les mantras des gourous en développement personnel, estimant que chaque échec est un pas de plus vers le succès… Concrètement, Sébastien Lecornu a-t-il une chance de durer plus que Michel Barnier et François Bayrou, et de trouver une majorité pour faire voter le budget 2026 ? La tâche sera délicate, mais il bénéficie pour ce faire de trois atouts.

  


1.     Un changement de méthode

 

Le Communiqué de l’Elysée annonçant qu’Emmanuel Macron a nommé Sébastien Lecornu à Matignon diffère des précédents. Il est en effet chargé par le Président de « consulter les forces politiques représentées au Parlement en vue d’adopter un budget pour la nation et bâtir les accords indispensables aux décisions des prochains mois (...) A la suite de ces discussions, il appartiendra au nouveau premier ministre de proposer un gouvernement au président de la République ». Pareilles instructions n’avaient pas été données à MM. Barnier et Bayrou, qui ont choisi leur équipe sans procéder à des consultations politiques élargies et ont imposé leur programme de gouvernement.

 

La méthode suggérée par le Président à M. Lecornu est inspirée de la manière dont on construit les coalitions dans les « vrais » régimes parlementaires. Pour mémoire : après les élections législatives, qui donnent rarement une majorité claire en raison du recours fréquent à la proportionnelle, s’ouvre une séquence de construction d’une coalition majoritaire. L’initiative est généralement laissée au parti qui a emporté le plus grand nombre de sièges ; s’il échoue, le parti suivant est sollicité pour conduire les discussions. C’est un processus complexe et long – souvent plusieurs mois, jusqu’à un an-et-demi dans le cas de la Belgique.

 

Pour l’heure, Sébastien Lecornu bénéficie de la confiance du bloc central et de son parti, les Républicains. Mais cela ne suffit pas. Il va devoir rallier d’autres forces à sa cause, en obtenant soit un soutien explicite – en échange d’éléments dans le programme et de portefeuilles ministériels – soit un simple engagement à ne pas voter la censure – contre la définition de lignes rouges. Le sceptique estimera que c’est impossible : pourquoi ce qui n’a pas fonctionné hier fonctionnerait aujourd’hui ? La principale raison est que les différents acteurs du régime français ont « appris » ce qu’est un régime parlementaire depuis les dernières élections législatives. La France fonctionne depuis 1958 avec un régime « semi-présidentiel » dans lequel le Président domine et dispose normalement d’une majorité à l’Assemblée nationale – bloc de droite ou bloc de gauche. Le gouvernement s’appuie sur celle-ci pour appliquer le programme du Président, ou celui de la majorité en cas de cohabitation.


Mais, depuis 2022, la belle mécanique de la Cinquième République s’est enrayée : la bipolarisation de la vie politique n’est plus, et l’Assemblée nationale est divisée en trois blocs (gauche, centre et droite, et extrême-droite) qui refusent de travailler l’un avec l’autre. Il convient, dans ce contexte, de faire fonctionner les institutions sur un mode parlementaire. Cela implique une certaine mise en retrait du Président et la conduite de véritables négociations pour former un gouvernement.



Coalitions possibles en Allemagne, 2021. Crédits: AFP
Coalitions possibles en Allemagne, 2021. Crédits: AFP

  

Il semble qu’Emmanuel Macron ait (enfin) accepté l’idée de ne pas arbitrer tous les dossiers de politique intérieure, comme il en avait pris l’habitude depuis 2017, et de se concentrer sur les questions internationales. Il convient à présent que Sébastien Lecornu ouvre de vraies négociations en vue de la formation d’un gouvernement, et ne se contente pas de dire, comme l’avaient fait ses prédécesseurs, que « sa porte est ouverte ». Cela implique – comme l’a justement rappelé Olivier Rozenberg dans une récente tribune au Monde – de respecter quelques principes fondamentaux qui commandent la formation des gouvernements dans les régimes parlementaires :

-       il faut négocier à la fois sur le programme et sur la composition de l’équipe, qui ne doit être annoncée que lorsqu’un accord de gouvernement est signé par toutes les parties ;

-       les négociations doivent être conduites en secret, et non pas sous le regard des médias et en prenant l’opinion publique à témoin ;

-       le Président ne doit pas interférer, sauf pour ce qui concerne son « domaine réservé » (défense et politique étrangère) ;

-       les discussions doivent se fonder sur le poids de chaque formation à l’Assemblée, et non les prétentions ou l’égo de leur leader ;

-       il faut que les tractations portent sur les éléments fondamentaux (par exemple, les contours du budget ou la réforme des retraites) et que le premier ministre accepte de faire des concessions substantielles ;

-       la négociation doit inclure la méthode de gouvernement et les institutions, notamment le mode de scrutin ;

-       enfin, il faut prendre le temps ; aujourd'hui, la nécessité de présenter rapidement un projet de budget vient interférer avec cette exigence, mais un accord sur ce point pourrait être une étape dans la construction d’une coalition majoritaire.

 

Le débat sur ces questions a beaucoup progressé en France depuis un an. Après juin 2024, on se sentait bien seul à expliquer comment les choses devraient se passer pour surmonter la fragmentation de l’Assemblée nationale. Désormais, la plupart des éditorialistes ont accepté l’idée qu’il faut en passer par une négociation ouverte, et le PS n’affirme plus qu’il ne participera qu’à un gouvernement appliquant rien que le programme du NFP et tout le programme du NFP.

 

Cette séquence d’apprentissage est fondamentale, car il est fort probable que l’Assemblée nationale sera durablement fragmentée, même après le départ d’Emmanuel Macron. Cette évolution sera d’autant plus indispensable si le mode de scrutin est modifié pour la proportionnelle, qui privera structurellement l’Assemblée d’une majorité claire.

 

 

2.    Un profil différent

 

La nomination de Sébastien Lecornu reflète la volonté d’Emmanuel Macron de persister dans la politique économique dite « de l’offre » qu’il met en œuvre depuis 2017 et de rassurer les marchés. Du côté de l’Elysée, on justifie ce choix, estimant qu’il n’y en a pas d’autre possible : la gauche n’a pas assez de députés pour prétendre gouverner, d’autant que LFI et LR ont annoncé qu’ils refuseraient de soutenir un premier ministre socialiste ; le RN et LFI affichent une hostilité frontale, pressés de pousser le Président à dissoudre à nouveau ou à démissionner ; la dissolution de juin 2024 n’a pas permis de clarifier la situation politique, et il est improbable que de nouvelles élections accouchent d’une majorité ; la démission n’est pas une option pour le Président, et rien ne dit que son successeur pourrait bénéficier d’une majorité à l’Assemblée.

 

Cela dit, les partis d’opposition voient dans la nomination de Sébastien Lecornu une provocation. D’abord, il est, comme Michel Barnier et François Bayrou, un vrai homme de droite : engagé à l’UMP depuis ses 16 ans et ayant fait toute sa carrière dans ce parti, comme collaborateur, élu ou ministre. Ensuite, s’il n’est pas un macroniste historique, de ceux qui entouraient le candidat dès 2016, il est le seul ministre qui soit resté au gouvernement depuis la première élection d’Emmanuel Macron, et il est aujourd’hui un membre de sa garde rapprochée. C’est une sorte de double du Président, qui suscitera sans aucun doute un rejet épidermique de la part de ses adversaires les plus farouches et des mouvements sociaux.

 




Mais Sébastien Lecornu dispose de quelques ressources pour mener à bien sa tâche. D’abord, c’est un homme discret, peu présent dans les médias, qui ne s’est pas impliqué dans des polémiques inutiles et n’a, a priori, ni casseroles, ni ennemi-juré. Ce n’est pas un homme du sérail : il ne sort pas des grandes écoles, et n'appartient ni à un grand corps de l’Etat, ni à une dynastie d’élus. Titulaire d’une simple licence en droit, il est entré dans la vie active – comme assistant parlementaire d’un député UMP – à 19 ans. Il connaît bien les rouages de l’Assemblée nationale, du gouvernement et du monde politique, et est apprécié des autres ministres. En somme, on lui fera sans doute davantage crédit de sa bonne volonté qu’à François Bayrou, dont le tempérament était trop connu pour susciter l’espoir d’une véritable ouverture.

 

 

3.    Une gauche plus ouverte au dialogue

 

Le dernier élément sur lequel Sébastien Lecornu pourra compter est le changement de configuration à gauche. Si LFI a déjà annoncé vouloir déposer une motion de censure contre le futur gouvernement, tel n’est pas le cas des autres partis de gauche – PS, Verts, PCF. Leur situation a en effet évolué à trois titres.



Résultats des élections législatives 2024
Résultats des élections législatives 2024

 

D’abord, tous ont pris acte du décès du Nouveau Front Populaire. Cette alliance s’est montrée efficace pour gagner des sièges aux dernières législatives, permettant à la gauche un succès inespéré. Toutefois, le NFP ne disposait pas d’un nombre de députés suffisant pour prétendre gouverner, et le jusqu’au-boutisme imposé par Jean-Luc Mélenchon à ses partenaires n’aurait laissé aucune chance de survie à un gouvernement de gauche. Depuis juin 2024, son attitude et ses outrances ont fini de disloquer le NFP. Socialistes, communistes et écologistes ont longtemps fait profil bas, craignant que LFI ne présente des candidats contre eux en cas de nouvelles élections législatives, voire aux municipales. Mais c’est désormais très probable : les représentants de la gauche non insoumise peuvent donc envisager de discuter avec M. Lecornu, puisque LFI a déjà usé de son principal moyen de pression.

 

En deuxième lieu, les députés de la gauche non insoumise craignent plus que les autres de perdre leur siège. En cas de nouvelles élections législatives, la gauche se présentera très certainement en ordre dispersé, et nombre de ses députés sortants (17 communistes, 38 écologistes et 66 socialistes) ne seront pas réélus. Ils ne sont donc pas pressés d’acculer le Président à une nouvelle dissolution, et craignent un score retentissant pour le RN, qui pourrait doubler ses effectifs et frôler la majorité absolue (289 sièges).



 


Enfin, le PS et les Verts n’ont pas hâte – à l’inverse de LFI et du RN – de voir Emmanuel Macron quitter l’Élysée. Ils sont divisés à la fois sur l’identité de leur(s) candidat(s) et sur leur programme. Ils ont donc un certain intérêt à ce que le gouvernement Lecornu ne chute pas trop vite.

 

 

Une inflexion politique indispensable

 

Le scepticisme est la disposition d’esprit la plus confortable. Les éditorialistes, les experts et les commentateurs de la vie politique française sont prompts à adopter ce point de vue, qui exige peu d’efforts intellectuels et minimise les risques de se tromper. Il séduit aussi une large part de l’opinion publique française, pétrie d’une sorte d’héritage cartésien mal compris qui les porte au pessimisme en toute chose. Face à la nomination de Sébastien Lecornu, cette rhétorique est tentante, car c’est peu de dire que sa tâche sera ardue. La composition de l’Assemblée nationale n’a pas changé, pas plus que l’obsession des principaux responsables politiques pour les élections présidentielles, qui viendra perturber toute tentative de négociation.


Une chose est sûre : Sébastien Lecornu ne pourra former un gouvernement et durer un minimum à Matignon que s’il parvient à imposer au Président et à ses amis centristes, macronistes et républicains de vraies négociations avec les autres partis, et s’il accepte d’opérer des concessions effectives. Pour rallier une partie de la gauche à sa cause, il devra infléchir la politique économique et fiscale conduite par Emmanuel Macron depuis 2017, et en finir avec le discours d’un François Bayrou qui affirmait – contre toute évidence – qu’il n’y avait qu’une seule manière de réduire le déficit budgétaire du pays, la sienne.


Olivier Costa



Dernière mise à jour : 29 sept. 2025

Tribune publiée par Le Monde (papier et web), le 29 août 2025



En juin 2024 Emmanuel Macron a dissous l’Assemblée nationale et appelé les citoyens à « clarifier » la situation politique du pays. Ce fut un échec, car la nouvelle chambre était encore plus fragmentée que la précédente. Depuis, le pays se heurte à l’existence de trois forces politiques (gauche, centre et droite, extrême-droite) dont aucune n’a la majorité et qui refusent de coopérer entre elles. Aujourd’hui, de nombreux responsables politiques et de commentateurs estiment que si le gouvernement Bayrou tombe le 8 septembre, il faudra dissoudre à nouveau pour opérer la « clarification » nécessaire.

 

Pourtant, il n’y aucune raison pour que les citoyens donnent une majorité à l’un des trois camps, car ils ne délibèrent pas pour se mettre d’accord. Les membres d’une assemblée ou les leaders des partis peuvent clarifier une situation politique en négociant un compromis, mais les citoyens n’ont aucun moyen de définir une stratégie collective en vue d’une élection. On peut les forcer à faire des choix, comme pour l’élection présidentielle : il n’y a qu’un poste à pourvoir, et on limite même le nombre de candidats à deux au second tour, afin que le vainqueur ait une majorité absolue. Il en va de même lors d’un référendum : on oblige les citoyens à se prononcer pour ou contre une mesure, de sorte qu’une majorité s’exprime. On peut également donner à la liste arrivée en tête d’une élection une « prime majoritaire », pour qu’elle ait les moyens de gouverner, comme on le fait pour les municipales et les régionales.

 

En revanche, il est improbable qu’une majorité émerge aux législatives dans le contexte politique actuel et avec le mode de scrutin en vigueur. Dans une élection, il n’y a jamais d’épiphanie, de moment de grâce où des électeurs très divisés décident que, tout bien considéré au terme de la campagne, tel parti mérite une large majorité. Quand il existe deux forces politiques principales, comme ce fut longtemps le cas en France, la majorité peut basculer au terme de la campagne électorale, mais c’est inenvisageable lorsque le paysage politique est plus fragmenté. En Espagne, en Grèce, en Italie et en Bulgarie, les citoyens sont souvent appelés aux urnes de manière répétée quand il est impossible de former un gouvernement. Mais ces scrutins n’opèrent jamais de clarification radicale : au mieux, ils poussent les partis à se montrer plus conciliants dans la conduite des négociations pour surmonter la crise.

 

Si le gouvernement chute, Emmanuel Macron sera tenté de dissoudre à nouveau et d’adopter le narratif de François Bayrou : celui d’un centre et d’une droite désireux d’éviter la faillite au pays, aux prises avec une gauche et une extrême-droite insensibles à cet enjeu, et d’un appel aux électeurs à clarifier la situation. Mais on voit mal les citoyens considérer que seul le camp présidentiel se soucie des finances de la France, et lui donner en conséquence une majorité. Pour sortir de la crise, certains exigent une démission du Président, avec l’idée que son successeur obtiendrait une majorité à l’Assemblée. En 2002, les tenants de l’inversion du calendrier électoral considéraient en effet que les résultats des présidentielles seraient mécaniquement confirmés lors des législatives, en raison de la dynamique politique. Mais rien n’est moins sûr, comme on a pu le constater en 2022, et aucun candidat à l’Élysée ne semble aujourd’hui capable de susciter l’élan nécessaire.

 

La solution est le passage à la proportionnelle. En effet, si les citoyens sont incapables de faire émerger spontanément une majorité, les partis peuvent en négocier les termes. Pour l’heure, le scrutin uninominal les pousse à forger des alliances avant les élections, afin de limiter le nombre de candidats ; mais une fois le scrutin passé, ils en sont prisonniers et ne peuvent négocier avec les autres camps. Avec la proportionnelle, chaque parti pourra concourir sous ses propres couleurs – comme c’est déjà le cas pour les élections européennes. Les négociations s’ouvriront au soir du scrutin pour déterminer quelles formations seront susceptibles de s’entendre pour gouverner. On constate en Belgique, en Allemagne ou au Danemark que ces tractations sont souvent complexes, mais la dramatisation des enjeux et la volonté d’accéder au pouvoir permettent aux négociateurs de s’entendre.

 

Une dissolution, sans évolution du mode de scrutin, aboutirait à répliquer les grands équilibres actuels de l’Assemblée. Les citoyens seraient fondés à penser que les élections ne servent à rien, que les institutions et les partis sont incapables de les représenter, et que le pays est structurellement ingouvernable. Il est grand temps d’abandonner la pensée magique de la « clarification » dans les urnes pour opérer la réforme électorale qui permettra aux partis de négocier pour gouverner.


Olivier Costa

Dernière mise à jour : 29 sept. 2025


Since the announcement of the transatlantic deal on trade issues, comments have been flying thick and fast. Ursula von der Leyen has been accused of giving in to all of Donald Trump's demands in order to put an end - albeit a hypothetical one - to the uncertainty undermining the European economy. Trump triumphs and the Commission tries to justify its weakness. But is this deal really as disastrous as commenters say?

 

Ever since Donald Trump returned to the White House in January, Europeans have been anxious about the tariffs he intends to impose on European imports. He has issued several ultimatums, with various rates and deadlines, and has reversed course on several occasions. With just a few days to go before the deadline, the President of the Commission travelled to Scotland, where the American Head of State was staying, and negotiated an agreement between two presidential golf courses.

 

An objectively unbalanced agreement

 

Clearly, the agreement is very unfavourable to Europeans. Their exports will be hit by customs duties of 15% (and much more for products such as steel and aluminium), without any taxes being applied in return to US products. Ursula von der Leyen has also committed herself to an ambitious plan for investment in the United States, and for the purchase of energy and weapons. Eurosceptics – usually quick to support Trump and denounce the EU's claim to act on behalf of the 27 - are stigmatising the weakness and illegitimacy of the Commission President. Federalists are disappointed by her lack of audacity and her inability to overcome the eternal divisions and procrastination of Europe's leaders. Editorialists lament the image that this agreement gives of the Union, both internationally and at home: how can the Union be respected if it panders to the whims of Donald Trump and betrays the interests of its citizens in order to protect those of industrialists?

 


A clear admission of weakness

 

Since Donald Trump's first threats, however, the EU has been preparing its weapons, announcing possible retaliatory measures. The European institutions have discussed at length the possibility of imposing heavy taxes on certain American imports. They have also examined the use of the "anti-coercion" instrument that the EU recently adopted, which can, for example, block access to public procurement for companies from an unfriendly third country. More broadly, the tensions with Donald Trump served as a test case for the many statements made in recent years on the subject of a "geopolitical", "powerful" or "sovereign" Europe, its "strategic autonomy", its re-industrialisation, its return to realism in international relations, or its assertion of its place among the other major blocs. In the end, none of this materialised: the Commission negotiated an agreement that it pitifully defends by saying that it could have been worse and that, all things considered, it was the best thing to do.

 

Did the President really have a choice?

 

Many commentators believe that this disastrous agreement is the fault of the President of the Commission. She has a reputation - no doubt justified - for being a staunch Atlanticist. She is also criticised for taking orders from her political family (the EPP), and especially from the CDU, its German branch, which is more concerned with clarifying the rules of the game to which exporting companies are subject than with asserting the power of the Union or condemning the attitude of the American President. Generally speaking, Ursula von der Leyen has made little impression in terms of her ability to negotiate with Donald Trump. Experts such as Thierry Breton, former European Commissioner (2019-2024), and Jean-Luc Demarty, former Director General for External Trade at the Commission (2011-2019), have repeatedly questioned the very existence of the President's strategy.

 

However, given the attitude of the American President, the divisions between the Member States, the duplicity of certain European national leaders and the socio-economic and geopolitical stakes of the negotiations, it is hard to see how von der Leyen could have opted for open conflict. In the space of six months, Donald Trump has overturned all the principles and codes of international negotiations, leaving his partners - in Europe and the rest of the world - bewildered and perplexed. He shows little concern for the consequences of his decisions, and seems ready to escalate sanctions endlessly if his political interests so require. The heads of the European institutions and the leaders of the Member States are far more concerned about respecting alliances and treaties, and the impact of a possible conflict on economic growth and unemployment. Negotiations are fundamentally asymmetrical, because Donald Trump is not accessible to arguments of law and reason, and is clearly afraid of nothing.

 

A freewheeling President?

 

Contrary to what has been said here and there, the President of the Commission has not acted alone or without a mandate, and has not exempted herself from accountability. In trade matters, the Commission has a mandate from the Council of the Union; the representatives of the 27 define the broad lines of its action, the Commission negotiates on their behalf and regularly informs them of its progress. The President also acts on behalf of the College of 27 Commissioners, and does not have a free hand, given the principle of collegiality that governs the institution. Finally, she has to reckon with the opinion of the European Parliament, which, like the Council, must approve the trade agreements she signs, and can disavow her action at any time, including through a motion of censure.

 

Easy criticism

 

The commentators (national politicians, MEPs, business leaders, trade unionists, editorialists, academics, experts, etc.) who almost unanimously condemn the agreement are very convincing in their arguments, but they do not explain what they would have done in Mrs von der Leyen's place. They take care to detail the harmful consequences of the agreement, but do not mention those - economic but also geopolitical - of an absence of agreement, which they recommend, most often implicitly. At the last NATO summit, Donald Trump made no secret of his desire to link trade and security: no military support without a trade agreement. But can the European Union provide support for Ukraine on its own? Can it cope with a Russian offensive against one of its Member States without the support of the United States? From a socio-economic point of view, what would have been the consequences of customs duties of 30%, or more, on all European products exported to the United States? It would obviously be desirable for the Union not to submit to the will of a tyrant, but at what price? We have read and heard very few comments on this subject. And it is not certain that the critics of the agreement would have congratulated Mrs von der Leyen if she had told Donald Trump that the European Union refused to give in to his injunctions and threats.

 

A powerful Union, yes, but how?

 

Today, one no longer needs to be a fervent European federalist to call for a more united, more ambitious and stronger Europe, in an international context where relations between the blocs are becoming more strained, and where the logic of multilateralism, respect for what has been signed and loyal cooperation between nations is in sharp decline. Opinion polls clearly show that citizens want the Union to close ranks and take greater responsibility for security and defence. Negotiations with Donald Trump could have been an opportunity to assert Europeans' desire to take charge of their own destiny and proudly assert their values and their vision of the way the world should go. But how can the EU embark on such an adventure when, around the European Council table, there are several political leaders openly pledged to President Trump, others who are panicking at the idea of losing the American nuclear umbrella, and still others who are obsessed with the need to sell their manufactured products?

 

Affirming Europe's independence and sovereignty is a long and complex process that cannot be based exclusively on words and symbolic decisions. Conversely, the agreement negotiated by Ursula von der Leyen in Scotland is not the sign of a renunciation of any ambition for power on the part of the Union: it is merely an unfortunate episode in a wider process. Above all, there are two reasons to remain optimistic: the agreement is not legally binding, and many of the European promises are not binding on anyone.


A non-binding political agreement

 

Mrs von der Leyen and Mr Trump reached an agreement and exchanged a handshake, but they did not sign anything. Their agreement is similar to that between the United States and the United Kingdom: it is not based on a treaty, but on a reciprocal commitment to take unilateral decisions. The EU-US agreement could take the form of a treaty, but in that case it would have to be negotiated in detail, with a precise mandate from the Council. It would also have to be ratified by the Council by a qualified majority, and approved by a simple majority by the European Parliament. If the agreement were to take the form of a more ambitious treaty (such as the CETA with Canada or the EU-Mercosur Treaty), incorporating elements belonging to the competence of the Member States, it would then be a so-called "mixed" treaty, requiring a unanimous vote in the Council, the approval of the European Parliament, and ratification by all 27 national parliaments. This would be the case if, for example, the text included elements relating to the purchase of American military equipment. However, this is unlikely, as the risk of failure would be too great. For the time being, therefore, this is simply a political agreement. Many critics have noted this, believing that it will not prevent Donald Trump from revising his position whenever he wishes.

 

Promises are only binding on those who believe them...

 

The agreement is also based on numerous verbal promises made by Ursula von der Leyen: purchase of more energy, military equipment, investment in the United States, etc. On all these issues, she had neither the mandate nor the legal capacity to commit herself. In fact, the energy policies of the Member States remain very much their responsibility, and are largely based on the choices of private operators. Similarly, Member States are free to buy their military equipment wherever they wish, and we have seen recently that the strategies of the 27 in this area are very different. Nor can the Commission and the Member States force European investors to favour the United States. The trade agreement negotiated in Scotland is reminiscent of the one concluded last month at the NATO summit: the European states have undertaken to substantially increase their military investment, but this is not legally binding. The national leaders concerned know that Donald Trump will no longer be in power in a few years' time, and they will no doubt be very inventive in labelling all kinds of expenditure with no real link to defence as "NATO".

 

A good calculation in the medium term?

 

In a sea of sceptical, sarcastic and defeatist comments, there are two reasons to hope that this agreement turns out to be less bad than it seems.

 

Firstly, as we have seen, some of the promises made by Ursula von der Leyen are only binding on those who believe them. Clearly, Donald Trump likes victories and symbols of his greatness, intends to boast massive successes to his electorate, and cares little about the details. The promises that fall within the remit of the Member States and economic operators are no more than fine words designed to flatter the American President's ego and appease his wrath.

Secondly, this agreement demonstrates the need for the 27 to close ranks and gives them time to do so. These baroque negotiations are definitive proof that the Union can no longer rely on the United States - at least not as long as D. Trump or J.D. Vance are in the White House. American and European interests and conceptions no longer coincide, and the US President has made no secret of his deep detestation of the project and values of the Union. We must take note of this. The institutions of the Union and the Member States should therefore deploy medium- and long-term strategies to limit their dependence on the United States - whether in terms of trade, energy or security. As several European leaders have already indicated, the Union could take advantage of this turning point in international relations to take the lead in a coalition of States wishing to preserve and promote the principles of multilateralism - in contrast to the conceptions that now dominate in Washington and Moscow. The EU-US agreement can therefore be seen as a respite for Europeans, but only if they take advantage of it to get into fighting order.

 

Olivier Costa


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