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Dans ce blog, je publie régulièrement des textes sur des sujets d'actualité. J'en reprends certains en anglais.

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Il y a quatre ans jour pour jour, la Russie attaquait l’Ukraine. Depuis, l’armée et le peuple ukrainiens la tiennent en respect, en dépit des analyses des Cassandre, de l’infatigable propagande russe et du déclin du soutien américain.

 

Cela fait quatre ans que les autorités russes essaient d’impressionner les pays occidentaux – qui seuls soutiennent activement l’Ukraine – en les menaçant des pires mesures de rétorsion. Et quatre ans que des leaders d’extrême-droite et d’extrême-gauche, qui nous expliquaient avant le 24 février 2022 que la Russie était absolument pacifique, relaient le discours du Kremlin et s’opposent au soutien à l’Ukraine, par défaitisme, sympathie pour les dictateurs, clientélisme, ou parce qu’ils se sont compromis. Hier encore, Viktor Orban menaçait de mettre un nouveau veto aux projets européens.


 

Source: SIPRI 2024
Source: SIPRI 2024

Aujourd’hui, le soutien à l’Ukraine est plus que jamais indispensable. Parce qu’il en va de la sauvegarde de l’ordre international tel que nous le connaissons depuis 1945, fondé sur la souveraineté des États, l’intangibilité des frontières et le rôle des organisations internationales. Parce que l’armée russe se rend coupable chaque jour de crimes de guerre et qu’elle s’en prend délibérément aux populations civiles. Parce que Vladimir Poutine n’a aucune intention de négocier la paix. Parce que si la Russie gagne en Ukraine, elle ne s’arrêtera pas là, la gestion désastreuse du pays ne lui laissant d’autre choix que de s’emparer des richesses de ses voisins.

 

Contrairement à ce que répètent les petits télégraphistes du Kremlin, le soutien à l’Ukraine fonctionne. La guerre, prévue pour durer quatre semaines, s’éternise depuis quatre ans, et l’armée russe n’a pas progressé sur le terrain depuis son avancée initiale. Elle a connu des pertes humaines sans précédent depuis la Seconde guerre mondiale (plus de 300.000 morts et 1 million de blessés) et a consommé une quantité de matériel ahurissante. L’économie russe, durement frappée par les sanctions internationales, est à l’agonie, entièrement mobilisée par l’effort de guerre. Et le pays s’enfonce chaque jour un peu plus dans la répression pour imposer à la population russe ce projet délirant.


 

Le Monde, 24 février 2026
Le Monde, 24 février 2026

Donald Trump tergiverse et les Européens ne sont pas pressés de voir un accord de paix signé, car cela impliquerait qu’ils déploient des troupes sur le sol ukrainien pour le faire respecter, ce qui ne semble pas acceptable par les opinions publiques de la plupart des Etats membres. L’armée et la population ukrainiennes doivent donc tenir, et pour cela, il faut les soutenir. Rappelons que le soutien de l’Union à l’Ukraine n’est pas qu’un affaire de principe, d’équilibres géopolitiques ou de solidarité : c’est un choix intéressé, car il faut que Vladimir Poutine échoue. Et il viendra un temps où l’armée ukrainienne, la plus efficace et la plus aguerrie au monde, contribuera à la sécurité de l’Europe.


Olivier Costa

Donald Trump ne parvient plus à terminer ses phrases, exige un prix Nobel comme un garnement réclame un vélo, et se lance dans des élucubrations où il empile sans logique idées, slogans et anecdotes. Si les hommes de science restent divisés quant au diagnostic, il est clair que le Président connaît un déclin de ses facultés intellectuelles, sans doute lié à son âge (80 ans en juin prochain). C’est ironique quand on considère qu’il doit largement son élection au retrait trop tardif de Joe Biden (82 ans au moment de la campagne), qui souffrait lui aussi de sérieux problèmes cognitifs. Mais est-ce bien différent en France ? La classe politique nationale est rajeunie, mais la campagne pour les municipales montre qu'il existe des situations extrêmes. Faut-il légiférer pour limiter l’âge des candidats ou le nombre des mandats ?

 

 

Alphonse Legros, Etude de vieillard (Licence : Creative Commons)
Alphonse Legros, Etude de vieillard (Licence : Creative Commons)

 

Une classe politique française rajeunie

 

La France peut s’enorgueillir d’avoir une classe politique nationale relativement jeune. Emmanuel Macron a 48 ans, et la plupart de ses successeurs potentiels sont à peine plus âges : Clémentine Autain et François Ruffin ont 50 ans, Jérôme Guedj 54, Édouard Philippe 55, Bruno Le Maire 56, Marine Le Pen et David Lisnard 57. Certains sont même plus jeunes que le Président : Jordan Bardella a 30 ans, Gabriel Attal 36, Sébastien Lecornu et Marine Tondelier 39, Raphaël Glucksmann 46. Les seuls candidats nettement plus âgés sont Jean-Luc Mélenchon et François Bayrou (74), Jacques Cheminade (75) et Philippe de Villiers (76). La moyenne d’âge des ministres s’est elle aussi beaucoup réduite, pour s’établir à 52 ans aujourd’hui. Celle des députés est similaire, et celle des Sénateurs s’établit à 60 ans, moins qu'on ne serait porté à penser.

 

A l’échelle des territoires, un rajeunissement s’est aussi opéré : la moyenne d’âge est de 60 ans pour les maires, 59 ans pour les présidents de Conseil départementaux et 57 ans pour les présidents de Conseils régionaux. Il existe toutefois des écarts importants. Certains élus, qui ont largement dépassé l’âge de la retraite, s’accrochent ainsi à leur fauteuil comme des bernacles à leur rocher. Ainsi, André Laignel, 83 ans, se présente pour un 9° mandat à la mairie d’Issoudun, dont il est maire depuis 1977. André Santini, 85 ans, est candidat à un huitième mandat à Issy-les-Moulineaux malgré ses ennuis avec la justice et son hospitalisation. Alain Carignon, 76 ans, veut reconquérir son siège à Grenoble. Rappelons qu’il ne s’agit pas de villages, où personne ne veut se présenter, mais de villes moyennes ou grandes, où les candidats ne manquent pas.

 

Peut-on diriger une collectivité au soir de son existence ?

 

On peut rester physiquement et intellectuellement alerte jusqu’à un âge avancé. Les exemples ne manquent pas dans nos entourages et parmi les personnalités publiques – écrivains, acteurs, intellectuels, chanteurs, journalistes… Mais leurs éventuelles défaillances ne nuisent qu’aux intéressés. Personne ne voudrait que sa vie dépende d’un chirurgien, d’un pilote d’avion ou d’un guide haute montagne de 85 ans ; il n’y en a d’ailleurs pas. Mais on trouve nombre d’octogénaires à la tête de collectivités, qui mettent en péril l’intérêt général quand leurs capacités physiques et cérébrales déclinent et qu'ils refusent de se retirer.


Que toutes les classes d’âge soient représentées dans une assemblée est une bonne chose, mais les fonctions exécutives devraient être réservées à des personnes qui ont la pleine capacité de leurs moyens physiques et intellectuels. Passé la soixantaine, tous les salariés sont renvoyés chez eux, qu’ils soient alertes ou pas, qu’ils le veuillent ou non. En revanche, les maires et présidents de collectivités peuvent rester aux affaires jusqu’à ce que mort s’en suive : est-ce bien raisonnable ?

 

Baronnies, gérontocratie et médiocratie

 

On me dira qu’en démocratie il revient aux citoyens de choisir les bons candidats. Mais ils ne sont pas sollicités au stade des investitures, et ne veulent pas forcément voter contre leurs convictions politiques pour écarter un candidat qu’ils ont assez vu. A l’échelle municipale, les maires sortants jouissent souvent d’une notoriété et de réseaux qui les rendent indéboulonnables. Tant que les investitures seront du seul ressort de l’appareil des partis ou, plus sûrement, des maires et des présidents de collectivités sortants, les retraits de la vie politique ne pourront être que volontaires – ce qui est rare – ou provoqués par des alternances électorales.

 

Le fait qu’il n’existe pas de limite d’âge pour les candidats ou le nombre de mandats s’oppose d’ailleurs structurellement au renouvellement des générations. En effet, dans les circonstances actuelles, les maires et les présidents d’exécutifs territoriaux ne sont pas encouragés à préparer leur succession en poussant la personne la plus capable pour cela. Bien au contraire : la perspective de se voir guidé vers la sortie par plus jeune et plus brillant que soi amène nombre de hiérarques à barrer la route aux élus les plus prometteurs et à leur préférer des personnes sans relief et sans ambition.

 

C’est ainsi que se constituent les baronnies locales qui ont marqué la vie politique française depuis le XIX° siècle. Elles reposent sur un homme providentiel qui instaure la médiocratie, c’est-à-dire la promotion stratégique de gens dépourvus de qualités, qui lui doivent tout, ne peuvent rien lui refuser et ne lui feront jamais d'ombre. Cet arrangement est un gage de longévité pour le Baron, car non seulement ses obligés n’ont pas les capacités pour contester son leadership, mais leur destin est lié au sien. Ce mentor peut alors justifier son choix de rester par le soutien unanime de son camp et par l’absence d’autre candidat valable…

 

Faut-il limiter le nombre des mandats ou l’âge des candidats ?

 

Le projet de réforme des institutions porté par le gouvernement d’Édouard Philippe en 2018 prévoyait de limiter le nombre de mandats des parlementaires et des présidents d’exécutif local (sauf pour les communes de moins de 9 000 habitants) à trois mandats identiques, complets et consécutifs. Le texte a cependant fait les frais de l’opposition du Sénat, d’un manque de consensus parmi les partis, et de la focalisation du gouvernement sur d’autres priorités politiques. Depuis, il n’en a plus été question.

 

Rappelons que la Constitution prévoit qu’on ne peut exercer que deux mandats consécutifs à la Présidence de la République, afin d'éviter toute dérive monarchique. La même règle existe aux Etats-Unis. Ailleurs, des normes s’appliquent à d’autres élections. En Italie, les mandats de maires sont limités à deux, sauf exceptions régionales, et le Parti démocrate exclut les candidats de plus de 70 ans pour les élections locales. En Allemagne, la CDU et le SPD imposent pour certaines élections une limite d’âge à leurs candidats (65 ans) et un nombre maximum de mandats. En Espagne, Podemos impose une limite de trois mandats consécutifs à ses membres. Au Japon, le Parti libéral-démocrate recommande une retraite à 75 ans pour ses députés.

 

En France, aucun parti n’a de règle précise en la matière et personne ne semble vouloir réfléchir à la question, sans doute pour ne pas froisser l’égo de quelques figures tutélaires. Alors que l’opinion publique découvre que Jack Lang occupait toujours, à 86 ans, la Présidence de l’Institut du Monde Arabe, une fondation largement financée par l’État, il est sans doute temps de relancer ce débat.


Olivier Costa


Palais de l'Elysée. Licence Creative Commons.
Palais de l'Elysée. Licence Creative Commons.

Les lecteurs attentifs me diront que j’ai publié il y a quatre mois un billet de blog qui porte quasiment le même titre (« La V° République rend fou »). C’est exact. Mais comme le disait un collègue, éminent juriste de l’ancienne école, « il vaut mieux se répéter que se contredire ». Ainsi, quand j’écris un article, je pèse toujours mes mots et ne cède jamais à mon humeur du moment, de manière à être encore d’accord avec moi six mois plus tard.

 

En octobre 2025, à l’époque du psychodrame Lecornu – ce nouveau premier ministre qui avait choisi de démissionner moins de 24 heures après avoir été nommé, pour finalement revenir quand même – j’écrivais qu’il était impossible de faire fonctionner la V° République comme un régime parlementaire, car les débats à l’Assemblée nationale sont entièrement conditionnés par les ambitions présidentielles des chefs et sous-chefs des multiples partis. Les uns et les autres n’ayant aucun intérêt, ni à gouverner, ni à être conciliants avec ceux qui le font, il est impossible de construire une majorité si aucun camp ne l’emporte clairement lors des législatives.

 

Sébastien Lecornu a finalement tenu bon, mais il n’a fait passer aucun texte important et a dû recourir par deux fois au 49.3 pour doter le pays d’un budget. Tout le monde s’était enfin mis d’accord sur la nécessité de réduire le déficit, ce qui n’allait pas de soi un an plus tôt, mais personne n’a voulu faire le moindre effort pour y contribuer. Le budget 2026 présente donc un déficit abyssal – 124,4 milliards d’euros, soit 5% du PIB – ce qui n’augure rien de bon.


Depuis, l’hystérie présidentielle n’a fait qu’empirer. Chaque jour, une autre gloire du passé ou un nouvel inconnu annonce sa possible candidature avec la gravité d’un héros de film d’action. L’autre soir, en voyant Jack Lang à la télévision, j’ai craint qu’il ne vienne se déclarer lui aussi, mais il venait juste dire que Jeffrey Epstein était un type sensationnel, qui avait un goût très sûr en matière d’art. Ouf ! Plus d’un an avant l’élection présidentielle, prévue au printemps 2027, j’ai fait le compte des personnalités qui ont annoncé leur candidature ou ont évoqué publiquement cette éventualité. C’est édifiant.

 

A l’extrême-droite, les 4 candidats officiels sont Jordan Bardella (RN), Eric Zemmour (Reconquête !), François Asselineau (UPR) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France). Sarah Knafo (Reconquête !) brûle des cierges pour que son compagnon lui cède la place, et Marine Le Pen pour que la Cour d’appel se montre clémente et renvoie Jordan Bardella au Parlement européen. Philippe de Villiers, fort de sa popularité sur CNews, est en embuscade.

 

A droite et au centre, il y a 3 candidats déclarés : Édouard Philippe (Horizons), Bruno Le Maire (RE) et David Lisnard (LR). Mais bien d’autres ont fait connaître leur disponibilité et se préparent à la façon de Rocky Balboa, en priant pour qu’il arrive un malheur aux trois premiers : François Bayrou (MoDem), Gabriel Attal (RE), Gérald Darmanin (Divers Centre), Xavier Bertrand (LR), Dominique de Villepin (La France Humaniste), Michel Barnier (LR), Aurore Berger (RE), Elisabeth Borne (RE), Yaël Braun-Pivet (RE), Jean Castex (DVD), Laurent Wauquiez (LR), Valérie Pécresse (LR), Manuel Valls (RE) et Bruno Retailleau (LR).

 

A gauche, on compte 6 candidats déclarés à l’élection ou à une primaire : François Ruffin (Debout!), Clémentine Autain (L’Après), Marine Tondelier (EELV), Jérôme Guedj (PS), Delphine Batho (GE) et Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière). Mais bien d’autres ont affirmé publiquement songer à faire don de leur personne à la Nation : Olivier Faure (PS), François Hollande (PS), Carole Delga (PS), Ségolène Royal (SE), Raphaël Glucksmann (Place Publique), Bernard Cazeneuve (La Convention), Yannick Jadot (Les Ecologistes), Sandrine Rousseau (Les Ecologistes) et Fabien Roussel (PCF). Quant à Jean-Luc Mélenchon (LFI), qui affirme depuis 2022 qu’il cèdera sa place en 2027, seul un jeune enfant a pu croire cela.

 

Enfin, plusieurs personnes issues de la société civile ont fait connaître leur désir de mettre leurs compétences au service du redressement du pays : Patrick Sébastien (Ça suffit), Michel-Edouard Leclerc, Mathieu Pigasse et Teddy Riner. Mais j’en oublie sans doute.


Palais de l'Elysée. Licence Creative Commons.
Palais de l'Elysée. Licence Creative Commons.

 

Si je résume, nous avons déjà une douzaine de candidats officiels et un total de 44 personnalités qui ont publiquement évoqué la possibilité de se présenter l’an prochain. Je répète donc que l’élection présidentielle est fondamentalement toxique pour la vie démocratique du pays, car elle attire les illuminés et rend marteaux des gens a priori équilibrés. Et plus le jeu semble ouvert et incertain, plus la situation devient chaotique. Face à l’émiettement du paysage politique français, les personnes les plus insignifiantes se disent, en apercevant leur reflet dans la glace au saut du lit : « Mais, si Hollande, qui a le charisme et l’autorité d’un chinchilla, et Macron, qui n’avait jamais été élu à rien et n'avait pas de parti, ont réussi, pourquoi pas moi ? »

 

2027 sera assurément un grand cru...


Olivier Costa

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