- Olivier Costa
- 1 juin
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 2 juin
Il y a les anniversaires qui élèvent l’âme, et ceux qui la rabaissent au niveau d’un ring de MMA. Pour fêter les 250 ans des États-Unis et ses 80 ans à lui, Donald Trump a choisi la seconde option : transformer la pelouse de la Maison-Blanche en arène, où des brutes bodybuildées s’échangeront des coups sous les ovations des supporters MAGA. Bienvenue dans l’Amérique de 2026 !

Il y a bien des façons de fêter un anniversaire, et puis il y a la manière Trump. Alors qu’il s’apprête à célébrer conjointement les 250 ans du pays et ses 80 ans, le Président américain a eu une idée de génie : organiser un tournoi de MMA à la Maison blanche, en installant une monstrueuse structure métallique sur la pelouse, juste à côté de la gigantesque excavation d’où doit émerger sa salle de bal dorée à la feuille.
On objectera qu’il s’agit d’un happening privé, sans rapport avec les 250 ans de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis. Mais il fait toutefois partie des événements prévus pour cette célébration. Ainsi, la pesée des athlètes se fera sur les marches du Lincoln Memorial, et ils passeront par le Bureau ovale avant de combattre. Ce spectacle, qui aurait pu prendre place à Mar-a-Lago ou dans un casino de Las Vegas, aura lieu à la Maison blanche : 5.000 personnes, sélectionnées selon des critères de silhouette qui disqualifieraient le président, y seront invitées, et 60.000 pourront suivre les combats sur le National Mall, où des écrans géants seront installés. Quoi de plus approprié pour célébrer l’héritage de Thomas Jefferson, Abraham Lincoln et Martin Luther-King que le spectacle de brutes en short s’échangeant des bourre-pif devant un parterre de supporters hurlants, casquette MAGA vissée sur le crâne et bière tiède à la main ?
L’idiocratie n’est plus une menace lointaine. Elle règne à Washington D.C. sous le patronage de l’UFC et de Coors Light et les commentaires de Tucker Carlson et Joe Rogan. On se croirait dans un épisode de Black Mirror écrit par un scénariste ivre, mais non : c’est la réalité. Une réalité où la grandeur d’une nation américaine se mesure au nombre de combattants évacués sur civière, à l’intensité des hurlements que le public adressera à l’arbitre, et à l’ampleur des dégradations que Trump infligera encore à la Maison Blanche et à la capitale.
Ces gladiateurs des temps modernes pourront, entre deux passages sur le ring, méditer sur le fait que George Washington a traversé le Delaware en hiver pour fonder une république, alors que Trump traversera le perron pour les regarder s’entretuer. Décadence morale ? Non, juste une célébration des valeurs et des centres d’intérêts de Trump et de ses supporters, sans aucun égard pour le reste du pays et pour sa riche histoire. Sa volonté de s'approprier les 250 ans du pays a suscité le retrait de tous les artistes qui devaient participer à un grand concert, initialement présenté comme une initiative bi-partisane (America250), mais qui s'est révélé être un événement MAGA tout à sa gloire (Freedom250). Vexé, Trump a annoncé, dans un des multiples messages qu’il écrit rageusement chaque nuit sur son réseau « Truth social », de remplacer ces réjouissances musicales par un meeting MAGA, qui consistera en un grand discours de sa part – « Elvis Presley sans guitare » selon ses propres termes.
On pourrait se réjouir du tour burlesque et pathétique que prend la seconde présidence de Trump, mais il est néanmoins triste qu’un pays qui a enfanté de si nombreux savants, musiciens, militants, philosophes, leaders, inventeurs et écrivains célèbre ses 250 ans autour du spectacle navrant de brutes qui se molestent sous les vivats de la foule, et d’un nième discours décousu d’un vieillard sénile, mégalomane et atrabilaire. Il reste qu’un ring où tout le monde finit sonné et ensanglanté en revendiquant d’avoir gagné est une parfaite illustration de ce que sont devenus les Etats-Unis sous la houlette de Donald Trump : un pays qui clame sa grandeur et son leadership, mais connaît un déclin économique, social et culturel sans précédent, suscite une hostilité inédite dans le monde entier, et est empêtré dans une série d'interventions militaires sans issue.
Olivier Costa


