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Dans ce blog, je publie régulièrement des textes sur des sujets d'actualité. J'en reprends certains en anglais.

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Jordan Bardella, le président du RN, soigne son image de présidentiable, multipliant les apparitions dans la presse à sensation et les rencontres avec les grands patrons. Cette stratégie de dédiabolisation cache toutefois mal une absence de compétences et un programme lacunaire. Le RN a en effet construit son succès sur la capacité de ses leaders à ne jamais prendre position sur rien, si ce n’est pour dénoncer « le système » et l’échec des gouvernants. Il est grand temps que le débat porte sur le programme et les propositions.

 

 

Jordan Bardella au Parlement européen, mai 2022. Photo : Parlement européen. License Creative Commons.
Jordan Bardella au Parlement européen, mai 2022. Photo : Parlement européen. License Creative Commons.

 

 

Le gendre idéal confronté aux grands patrons

 

A un an des élections présidentielles, deux constats s’imposent : Jordan Bardella est en tête des intentions de vote et les partis de gouvernement sont incapables de s’entendre pour limiter le nombre de leurs candidats. Toutes les conditions semblent réunies pour que le leader du RN emporte le scrutin. Dans cette perspective, M. Bardella soigne son image de gendre idéal, en faisant connaître le joli minois de sa compagne par la presse pipole, et se rapproche des milieux économiques, dont il aimerait gagner la confiance. Plusieurs rencontres et déjeuners ont ainsi eu lieu entre les responsables du RN et des grands patrons.Ces derniers sont des gens discrets et prudents, qui veulent éviter de se fâcher avec le possible prochain locataire de l’Élysée et ses potentiels futurs ministres. Néanmoins, il ressort de leurs conversations et déclarations « off » qu’ils n’ont été impressionnés ni par la vivacité d’esprit de leurs interlocuteurs, ni par leur connaissance des dossiers, ni par le sérieux de leur programme économique. De nombreux experts l’ont analysé point par point, et ont souligné ses carences et contradictions. Les réseaux sociaux se sont emballés autour de déclarations prêtées à Patrick Martin, le président du Medef, au sujet du piètre niveau en économie et en géopolitique de Jordan Bardella.

 

La compétence compte-t-elle en politique ?

 

Les soutiens du candidat du RN ont hurlé à la manipulation et à la fake news. Mais, que ces propos aient été tenus ou pas, il est grand temps que l’on se penche sérieusement sur ce qu’il entendrait faire une fois au pouvoir, et que le débat public porte, non plus sur sa romance princière, mais sur sa capacité à gouverner le pays, puisque telle est sa prétention.

 

Certes, la politique n’est pas qu’affaire de savoir et de compétences. Certains grands leaders n’étaient pas bardés de diplômes et, inversement, les forts en thème n’ont pas toujours brillé quand ils étaient au pouvoir. Cela dit, quand on veut gouverner, il est utile de connaître le fonctionnement des institutions publiques et de maîtriser les grands dossiers qu’elles doivent gérer. Quelle est la différence entre un décret et une loi ? A quoi sert le Conseil d’État ? Comment se calcule le PIB d’un pays ? Pourquoi la dette publique pose-t-elle problème ? Que dit l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord ? Quelle est la différence entre le chiffre d’affaires et le bénéfice d’une entreprise ? Où en est-on de la décarbonation de l’économie française ? Quelles sont les conséquences économiques et géopolitiques du blocage du Détroit d’Ormuz ? A toutes ces questions, un responsable politique doit être capable de répondre autrement qu’avec des phrases de media training.

 

Les leaders du RN n’ont jamais démontré une telle capacité. Certes, ils ne sont pas les seuls, et il y a des élus peu compétents dans tous les partis. Mais s’ils se contentent de s’agiter dans les médias, les manifestations ou les travées de l’Assemblée nationale, peu importe. La situation est plus préoccupante s’agissant de Jordan Bardella et Marine Le Pen, qui sont aux portes du pouvoir. Ils ont été des étudiants médiocres, n’ont jamais eu d’activité professionnelle autre que la politique, et sont très peu impliqués dans le travail des institutions auxquelles ils appartiennent. Il en va de même de la plupart des élus du RN qui pourraient entrer au gouvernement, dont les cv n’impressionnent pas et qui n’ont jamais tenu des propos particulièrement inspirants.

 

Longtemps, les responsables du RN ont justifié leur manque de compétence et d’expérience par leur probité et leur capacité à traduire les préoccupations du peuple. Mais chacun sait qu’ils sont désormais empêtrés dans toutes sortes d’affaires mettant en cause leur mauvaise gestion de l’argent public et leur tendance à se l’accaparer. En outre, personne ne peut croire qu’ils connaissent le quotidien des Français les plus modestes : Mme Le Pen a hérité de son père une fortune considérable, tandis que Jordan Bardella, qui cumule ses fonctions de député européen et de président du RN, gagne 25 ou 30.000 Euros brut par mois et fréquente une princesse richissime.

 

Au RN, des leaders très taiseux

 

Comment alors expliquer la cote de popularité dont jouissent Jordan Bardella et Marine Le Pen ? D’abord, ils surfent sur la vague populiste qui déferle sur toutes les démocraties avancées, et se nourrit de la peur du déclin. Ensuite, ils se distinguent par leur capacité à ne jamais rien dire qui puisse déplaire à la plupart des Français. Depuis que le RN a entrepris sa stratégie de dédiabolisation, ses responsables ne se prononcent plus sur rien. Afin d’éviter de dire des âneries, de s’aliéner tel ou tel groupe de la population, ou d’être contredits par les journalistes, leurs opposants ou les experts, ils se contentent, quel que soit le sujet, de dénoncer les étrangers et le « système » (élites, médias, Europe).

 

Aux élections municipales, le mois dernier, la quasi-totalité des candidats du RN ont utilisé la même profession de foi, dépourvue de tout élément concret relatif à la situation de la ville où ils se présentaient. Quelques mots-clés et un photomontage aux côtés de Jordan Bardella et Marine Le Pen ont suffi à convaincre une partie des électeurs de voter pour eux. Aux présidentielles de 2017 et 2022, chacun a pu juger du manque de connaissances et de préparation de Marine Le Pen lors des débats télévisés. Ce qui domine au RN, c’est toujours le flou des constats, la faiblesse des analyses, l’ignorance du contexte et l’irréalisme des propositions.

 

Mais cette prudence paie, car elle ménage les électeurs. Depuis quinze ans il est impossible de connaître les positions du RN, qu’il s’agisse de la crise financière, du mouvement des Gilets jaunes, du COVID, de la guerre en Ukraine, de la désindustrialisation ou du déficit budgétaire. Dans un registre bistrotier, ils se contentent de dire que « ça commence à bien faire » et de dénoncer des complots menés par de mystérieux « ils ». Mais qu’auraient fait les responsables du RN s’ils avaient été au pouvoir ? On l’ignore. Quelle attitude la France doit-elle aujourd’hui adopter vis-à-vis des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine ? Faut-il travailler plus et plus longtemps ? Doit-on sabrer dans les dépenses sociales ? Faut-il interdire les pesticides ? Doit-on réformer l’organisation territoriale du pays ? La France doit-elle sortir de l’Union ou de l’OTAN ? Comment renforcer la compétitivité des industries françaises ? Que faire pour réduire le déficit public ? Impossible de le savoir en lisant la prose du RN ou en écoutant ses leaders.

 

La campagne doit porter sur les compétences et les programmes

 

Le débat public ne peut se résumer à des anathèmes, des petites phrases et des romans-photos. Il doit porter sur la substance. Les candidats doivent parler analyses, objectifs, chiffres et projets. Car, en démocratie, il n’est pas acceptable que les leaders fassent campagne sur leur bonne mine, pour gouverner ensuite au gré de leurs convictions cachées, de leurs intérêts ou de leurs foucades. Chacun a pu voir ce qu’il en coûtait d’élire un Viktor Orban ou un Donald Trump, qui ont fait campagne sur un nationalisme fruste et des promesses en l’air, et ont ensuite gouverné sans se soucier des attentes et besoins de la population. Il serait utile que la France apprenne des expériences des autres et s’épargne telle situation.

 

Olivier Costa

Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Le choix par les militants LR de Bruno Retailleau comme candidat à l’élection présidentielle de 2027 n’apporte aucune solution aux problèmes dont souffre la droite depuis 2012. Elle met simplement en lumière ses contradictions et ses faiblesses structurelles. Derrière l’apparente unité affichée par LR se cachent en effet des divisions profondes, une base militante en déclin et une absence de coordination avec les autres partis du centre et de la droite. En outre, le choix de M. Retailleau ne conjure pas le risque d’une multiplication des candidats issus de la droite et du centre, qui les priverait une troisième fois de l’accès au second tour de la présidentielle.


Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur le 5 juin 2025. Crédits: Anthony Montardy. Licence Creative Commons.
Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur le 5 juin 2025. Crédits: Anthony Montardy. Licence Creative Commons.

 


1. Un référendum révélateur des faiblesses de LR

 

Le référendum interne organisé par LR pour décider du mode de désignation de son candidat a abouti à une large victoire de Bruno Retailleau : 73,8 % des votants se sont en effet prononcés pour que le président du parti porte ses couleurs aux présidentielles. Seuls 12,2% ont soutenu l'organisation d'une primaire réservée aux candidats LR et 14% une primaire ouverte.

 

La victoire de M. Retailleau n’a toutefois rien d’un plébiscite. Il a été élu président du parti il y a moins d’un an, et il aurait été surprenant que les militants ne lui renouvellent pas leur confiance. Son score doit même être relativisé : la participation a été médiocre, avec seulement 60 % des inscrits. En outre, le nombre des adhérents est en net déclin : le parti en comptait 120.000 en mai dernier, contre moins de 77.000 aujourd’hui. En second lieu, le résultat du référendum n’a manifestement pas apaisé les tensions au sein de la formation. Plusieurs de ses figures influentes ont exprimé des réserves quant à la légitimité du processus ou au choix de M. Retailleau, et affiché leurs divergences. Laurent Wauquiez, par exemple, a rappelé que la désignation d’un candidat ne suffisait pas à garantir une dynamique électorale, tandis que Jean-François Copé a souligné que le parti devait se reconstruire avant de prétendre à la victoire. La stratégie droitière de M. Retailleau – qui a soutenu Eric Ciotti dans son duel avec Christian Estrosi à Nice – est aussi contestée par ceux qui, comme Gérard Larcher, pensent que l’accès du candidat LR au second tour dépendra de sa capacité à mobiliser les électeurs du centre.

 

Le principe et les modalités du référendum interne ont, eux-mêmes, été critiqués. Le choix de poser trois questions différentes, de fait mutuellement exclusives, était en effet discutable, méthodologiquement parlant. La campagne a aussi été menée dans l’urgence, sans véritable débat, et certains leaders du parti se sont ostensiblement abstenus ou ont déclaré avoir voté blanc – comme plus de 1.500 adhérents. Enfin, se pose la question de la légitimité de cette désignation : les 45.000 adhérents qui ont choisi M. Retailleau sont-ils représentatifs de l’électorat de droite en France ?

 

 

2. Le problème de la multiplication des candidats reste entier

 

Même si Bruno Retailleau est officiellement le candidat de LR aux prochaines présidentielles, la droite et le centre restent fragmentés. Face à l’absence de candidat sortant et de candidats naturels dans la plupart des partis – à l’exception du RN et de LFI – de nombreux responsables se sentent pousser des ailes. On compte plus de 50 candidats à la candidature… Les précédentes élections présidentielles, tout comme les enquêtes d’opinion, montrent en effet que la situation est très volatile. Puisque l’incertitude domine et que tout semble possible, les vocations se multiplient. Edouard Philippe (Horizons) et Gabriel Attal (Renaissance) sont bien décidés à se présenter, et une ou plusieurs candidatures dissidentes ne sont pas à exclure du côté des Républicains. Or, en 2017 et 2022, la dispersion des voix entre les différents candidats de droite avait conduit à leur élimination face à Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

 

Si la droite part à nouveau en ordre dispersé, il est probable que le second tour réunisse Jordan Bardella et un candidat de gauche. Une telle configuration signerait un nouvel échec historique de la droite républicaine et traduirait son incapacité structurelle à incarner une alternative crédible face à l’extrême-droite, au centre et à la gauche. Certains Républicains espèrent encore qu’une union avec d’autres forces de droite ou du centre (comme Horizons et le MoDem, voire Renaissance) permette de concentrer les voix. Mais cette stratégie se heurte à plusieurs obstacles. Il y a d’abord des divergences idéologiques : LR reste ancré dans une ligne conservatrice – voire droitière, depuis l’arrivée de M. Retailleau à la tête du parti – alors qu’Édouard Philippe et Gabriel Attal défendent des positions plus libérales et centristes. Il y a ensuite les ambitions individuelles des uns et des autres qui rendent toute alliance improbable sans un accord préalable sur le partage des rôles. Les leaders de la droite répètent tous à l’envi qu’un seul d’entre eux doit se porter candidat, mais ils sont dans la situation de ces héros de film d’action qui foncent au volant de leurs bolides l’un vers l’autre, à qui renoncera le premier. Enfin, il y a un manque de leadership : à l’inverse de 2017, où François Fillon avait réussi à fédérer une large partie de la droite – avant d’être rattrapé par les affaires – LR ne dispose pas aujourd’hui d’une figure capable de rassembler.

 

Face à cette fragmentation, une partie de l’électorat de droite pourrait se tourner vers l’abstention, le vote utile pour le candidat modéré le mieux placé ou le vote protestataire. En 2022, Valérie Pécresse (LR) et Anne Hidalgo (PS) avaient fait les frais de ces logiques au bénéfice d’Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, et réalisé des scores historiquement bas : 4,78% pour la première et 1,75% pour la seconde.

 

 

3. Une primaire est-elle encore possible ?

 

En 2017, la primaire ouverte de la droite et du centre avait été présentée comme une solution innovante pour éviter les divisions et désigner un candidat légitime et consensuel. Le succès de François Fillon avait montré que le modèle pouvait fonctionner – abstraction faite des scandales qui l’ont ensuite entravé. Mais en 2022, la primaire avait été un échec : elle s’était soldée par un fiasco organisationnel, une division durable du camp des Républicains et un naufrage électoral pour Valérie Pécresse. La situation n’avait pas été meilleure à gauche, avec la désignation à l'issue d'une primaire de Christiane Taubira, qui avait fini par renoncer à se présenter.

 

Aujourd’hui, le recours à une primaire apparaît davantage comme un pis-aller que comme une solution. Elle est le symptôme de l’émiettement politique en France (rappelons que l’Assemblée nationale compte 11 groupes parlementaires), de la montée des extrêmes et de l’absence de leadership. Elle pose aussi trois problèmes cruciaux. D’abord, organiser une primaire nécessite une logistique importante (budget, sécurité, médiatisation…), ce qui pose la question de son financement ; les partis concernés n’ont plus les moyens de mobiliser des ressources comparables à celles de 2017 – surtout pas LR, qui souffre encore de n’avoir pas été remboursé de ses frais de campagne en 2022. Ensuite, une primaire pourrait, comme en 2022, exacerber les tensions entre les courants de la droite, sans garantie de résultat. En dernier lieu, à un an du scrutin, personne chez LR ne s’accorde sur ce qu’il faut entendre par « primaire ». La question de son périmètre est très contestée : faut-il inclure des candidats du centre et/ou de la droite radicale ? Celle de la base électorale n’est pas moins disputée : faut-il réserver la primaire aux militants des partis impliqués, l’ouvrir aux sympathisants, voire à tous les électeurs ? Dans le dernier cas, les risques de manipulations sont réels, comme en témoigne la désignation surprise en 2017 de Benoît Hamon au terme de la primaire de la gauche, à laquelle des citoyens venus du centre et de la droite ont sans doute participé pour favoriser le candidat le moins susceptible de l’emporter.

 

 

4. Les sondages, une alternative hasardeuse

 

Face à l’impossibilité de désigner un candidat par la voie d’une primaire ou d’un référendum interne, LR pourrait s’en remettre aux sondages. L’idée serait de désigner le candidat le mieux placé dans les intentions de vote, comme ce fut le cas en 2012 avec Nicolas Sarkozy ou en 2017 avec François Fillon. Ce serait aussi le meilleur moyen pour le parti de trouver les financements nécessaires à la campagne : après la débâcle de 2022, les banques exigeront en effet des garanties, ce qui incitera le parti à opter pour le candidat le plus capable de franchir le seuil des 5% des suffrages – qui conditionne le remboursement des frais de campagne. Rappelons que, pour l’heure, les sondages ne créditent M. Retailleau que d’un score timide, inférieur à 10%.

 

Cette stratégie est cependant risquée. D’abord, les sondages ne reflètent pas la réalité électorale finale, tout particulièrement pour les présidentielles, qui donnent toujours lieu à une campagne pleine de rebondissements. Lors des derniers scrutins, les sondages réalisés à un an de l’échéance ont toujours été désavoués par les électeurs. L’annonce des candidatures officielles et d’éventuels alliances et ralliements est en effet très tardive. Les dynamiques électorales sont aussi fortement liées à des évènements (crise économique ou internationale, scandale, contre-performance lors d’un débat, retrait subi d’un candidat) qui peuvent bouleverser la donne.

 

Enfin, le recours aux sondages pour départager les candidats porte un triple risque. Le premier est celui de tensions entre les prétendants d’un même parti, qui se trouvent en compétition jusqu’au dernier moment, et n’ont pas le temps d’enterrer la hache de guerre et de se rallier au candidat officiel. Le deuxième risque est la démobilisation des électeurs face à un choix dépourvu d’enthousiasme, produit d’un processus purement arithmétique et stratégique. Enfin, cette approche des choses laisse planer le doute quant à la capacité du parti à promouvoir une ligne politique : la multiplicité des candidats à l’investiture s'oppose à l’élaboration collective d’un programme et, quand bien même il existerait, rien ne garantit que le candidat finalement choisi ne le reprenne à son compte.

 

Olivier Costa

Dernière mise à jour : 13 avr.

(Article repris par le think tank Telos, le 13 avril 2026: https://www.telos-eu.com/fr/lecons-echec-orban-elections-hongroises.html)


La Hongrie tourne la page : Viktor Orbán, pilier du populisme européen, subit une défaite historique aux législatives. Il faut en tirer trois leçons capitales pour l’Europe : la résilience démocratique face aux discours manipulateurs, l’épuisement du soutien trumpiste pour les illibéraux, et la nécessité de sanctionner les élites tentées par l’autoritarisme sans sacrifier les citoyens.

 

 

 

Viktor Orban et Donald Trump au sommet de Davos, le 7 février 2026 (licence Creative Commons)
Viktor Orban et Donald Trump au sommet de Davos, le 7 février 2026 (licence Creative Commons)

Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, est l'idéal-type du leader populiste et illibéral en Europe. Son maintien au pouvoir depuis 2010, malgré des détournements de fonds, des atteintes aux libertés et une proximité affichée avec des régimes autoritaires, semblait jusqu’à présent inébranlable. Pourtant, les élections législatives hongroises de ce dimanche ont réservé une surprise : son parti, le Fidesz, a nettement perdu le pouvoir. Ce basculement politique n’est pas anecdotique mais s’inscrit dans un contexte géopolitique en pleine mutation, marqué par la guerre en Ukraine, l’évolution des rapports de force internationaux, et une prise de conscience croissante des citoyens européens face aux dérives autoritaires.


Ce résultat ouvre des perspectives inédites pour l’intégration européenne, la gestion de la crise ukrainienne, la sécurité en Europe, l’équilibre des puissances et la restauration de la démocratie en Hongrie. Il rappelle également que les peuples, même dans des sociétés sous haute pression médiatique et politique, finissent par réagir. L’échec d’Orbán est bien plus qu’une défaite électorale : c’est une triple leçon pour l’ensemble de l’Europe.

 


1.  La réponse immunitaire des sociétés face aux populistes


Le premier enseignement de cette élection est que les électeurs hongrois ont finalement su se libérer de l’emprise d’un discours populiste qui dominait depuis quinze ans. Viktor Orbán a construit son pouvoir sur une rhétorique anti-élites, anti-migrants et anti-UE, tout en entretenant un culte de la personnalité, en contrôlant les médias et en instaurant un régime autoritaire. Pourtant, malgré les tentatives de verrouillage démocratique (réformes judiciaires, capture des institution, clientélisme, modifications des règles électorales...), une partie significative de la population a choisi de tourner la page.


Depuis le début des années 2000, les observateurs se demandent si les sociétés européennes peuvent résister à l’attrait des discours simplistes et des promesses électorales démagogiques. La réponse est désormais claire : les peuples finissent par comprendre les manœuvres et les mensonges des populistes. En Hongrie, la mobilisation électorale a été massive. Les électeurs ont sanctionné nettement un gouvernement qui avait échoué sur le plan économique (inflation galopante, corruption endémique) et sur le plan social (pauvreté, inégalités), et était devenu le cheval de Troie de Vladimir Poutine et Donald Trump au sein des institutions européennes.


Cette réaction s’apparente à une réponse immunitaire collective : après des années de pouvoir sans partage, les citoyens hongrois ont développé une forme d’immunité face au discours d’Orbán. Les scandales (affaires de corruption, détournements de fonds européens, alliances douteuses avec le Kremlin et la Maison blanche) et les outrances verbales ont fini par peser plus lourd que les promesses de stabilité et de souveraineté nationale. Les réseaux sociaux, malgré leur rôle dans la polarisation de la société et la diffusion des infox du gouvernement, ont permis le partage d’informations alternatives aux discours officiels.


Cette leçon doit résonner en Europe, où d’autres partis populistes et eurosceptiques capitalisent sur les frustrations sociales. La Hongrie montre que la résilience démocratique est possible, mais qu’elle exige une vigilance constante. Les partis traditionnels et les institutions européennes doivent désormais travailler à restaurer la confiance dans les valeurs démocratiques, en proposant des alternatives crédibles aux discours simplistes et haineux.

 

2.  Le soutien de Trump n’est plus un atout pour les leaders de la droite radicale


Un autre élément clé de cette défaite est l’évolution du contexte international. Viktor Orbán était un proche de Vladimir Poutine et Donald Trump, dont il partageait les valeurs réactionnaires, les penchants affairistes et le rejet de l’Union européenne.


Orbán a longtemps entretenu des relations ambiguës avec la Russie, allant jusqu’à bloquer à répétition des résolutions et décisions européennes contraires aux intérêts de Poutine, et à l’informer en temps réel des débats au sein des instances de l’Union. Son refus de soutenir militairement l’Ukraine et ses contacts réguliers avec le Kremlin ont fini par le couper des autres États membres de l’UE. En 2024, alors que l’Europe se mobilisait pour soutenir Kiev, la Hongrie est restée à l’écart.


L’Union européenne a longtemps tergiversé face à la Hongrie, en raison des divergences entre partisans de la méthode forte – qui exigeaient des sanctions, telles qu’une suspension des droits de vote de la Hongrie et la fin des financements européens – et ceux du dialogue – qui estimaient qu’il ne fallait pas pousser Orbán dans les bras de Poutine et que le conflit n’était pas une solution. L’Union a fini par conditionner les financements européens au respect des valeurs de l’Union européenne. Cette stratégie s’est montrée efficace vis-à-vis d’un leader qui critiquait sans retenue l’Union européenne, mais finançait sa politique grâce à ses financements.


Comme j’ai eu l’occasion de l’indiquer il y a un an déjà, la réélection de Donald Trump a d’abord présenté une fantastique opportunité pour les leaders de la droite radicale en Europe. Alors que la reconnaissance internationale leur faisait largement défaut, ils bénéficiaient subitement du soutien de Président de la première puissance mondiale. Leur programme se trouvait aussi légitimé : comment, en effet, critiquer des orientations politiques approuvées par la majorité des citoyens Américains ? Enfin, Trump promettait de soutenir activement toutes les formations politiques européennes alignées sur l’idéologie MAGA afin, notamment, de mettre à terre l’Union européenne.

Mais ce parrainage est devenu embarrassant, à mesure que Trump se radicalisait et que les Américains remettaient en cause sa politique, intérieure comme extérieure. En outre, l’agressivité du Président américain à l’égard de ses partenaires européens devenait problématique ; comment, en effet, se réclamer d’un leader qui entendait mettre à terre les Nations européennes ?

 


3.  Il ne faut pas exclure un État de l’UE à cause de ses leaders


En troisième lieu, la défaite d’Orbán rappelle une vérité fondamentale : les citoyens européens ne doivent pas être punis pour les erreurs de leurs dirigeants. L’Union européenne a souvent été critiquée pour son manque de fermeté face aux États membres déviants. Certains, dans les instances européennes et le chancelleries, ont envisagé de pousser la Hongrie à activer l’article 50 du Traité sur l’Union européenne, pour obtenir sa sortie. Pourtant, l’exemple hongrois, après l’exemple polonais, montre qu’il est possible de concilier fermeté et solidarité, dans l’attente d’un changement électoral.


L’UE a imposé des sanctions à la Hongrie pour ses violations de l’État de droit, notamment via le mécanisme de conditionnalité budgétaire. Ces mesures ont eu un impact économique certain, notamment sur les fonds européens destinés aux citoyens. Pourtant, la victoire de l’opposition pro-européenne montre que les Hongrois ont su distinguer la responsabilité de leurs dirigeants de leur appartenance à l’UE. Le succès massif de l’opposition hongroise devrait inciter l’UE à affiner sa stratégie : les sanctions doivent cibler les élites corrompues, et non les populations. Il est possible de soutenir les sociétés civiles et les médias indépendants, tout en maintenant une pression sur les dirigeants. Le cas hongrois – qu’il s’agisse du résultat des élections ou des sondages d’opinion – prouve que les citoyens restent attachés à l’Europe, malgré les dérives de leur gouvernement.


Pour éviter que d’autres États ne suivent la voie de la Hongrie, l’UE doit renforcer ses mécanismes de protection de l’État de droit, tout en développant des canaux de dialogue avec les sociétés civiles. Les fonds européens doivent être conditionnés au respect des valeurs de l’Union, celles qui figurent dans les traités qui ont été ratifiés en pleine connaissance de cause par les États membres, mais aussi utilisés pour soutenir les projets locaux et les initiatives citoyennes.

 


Un espoir pour la démocratie, en Europe et ailleurs


La défaite de Viktor Orbán est bien plus qu’un simple changement de gouvernement : c’est un signal fort pour l’Europe. Elle montre que les peuples peuvent se libérer du joug des populistes, que l’alliance avec des leaders autoritaires peut devenir un fardeau électoral, et que les sanctions européennes peuvent être efficaces sans punir les citoyens. Cette victoire de l’opposition pro-européenne offre une lueur d’espoir pour la restauration de la démocratie en Hongrie et, plus largement, pour la défense des valeurs progressistes, en Europe comme dans le reste du monde. L’échec d’Orbán est un camouflet pour Donald Trump et Vladimir Poutine, qui l’ont soutenu sans compter. C'est un avertissement pour tous les leaders de la droite radicale en Europe, qui se sont engagés à ses côtés. Mais c'est aussi un rappel à l'ordre pour tous les progressistes, qui doivent comprendre que la démocratie n’est pas un acquis, mais une construction permanente, qui exige vigilance, engagement et solidarité.


Olivier Costa

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