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Dans ce blog, je publie régulièrement des textes sur des sujets d'actualité. J'en reprends certains en anglais.

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Dernière mise à jour : 29 sept. 2025


Mardi 11 mars, Donald Trump a organisé à la Maison Blanche un happening publicitaire pour encourager les Américains à acheter davantage de Tesla. Face à la dégringolade de l’action et des ventes du constructeur, le Président américain a dénoncé le « boycott illégal » qu’organisent ceux qui n’apprécient pas les actions et propos d’Elon Musk – qu’il s’agisse de la réduction des dépenses fédérales, de son soutien à diverses formations d’extrême-droite par le monde, de son aversion pour les minorités ou de sa gestuelle évocatrice. Il est cependant peu probable que les ennuis de Tesla cessent, car ce boycott est d’une nature inédite. Et le soutien de Donald Trump à Elon Musk est sans doute plus un baiser de la mort qu’une main secourable...



Le phénomène Tesla

 

Tesla est un phénomène unique dans l’industrie automobile. En partant de rien et en étant le premier constructeur à investir massivement – avec beaucoup d’audace et un certain sens du marketing – le créneau de la voiture électrique, Tesla a connu un succès insolent, notamment en bourse. Par sa capitalisation, la marque d’Elon Musk est devenue de très loin le premier constructeur automobile, sans que cela ait le moindre rapport avec ses résultats ou ses chiffres de production.

 

 

Capitalisation boursière des constructeurs automobiles, 13 décembre 2024
Capitalisation boursière des constructeurs automobiles, 13 décembre 2024

Ainsi, fin 2024, Tesla présentait une valorisation boursière de 1.500 milliards de dollars, soit 57% de l’ensemble du secteur. Pourtant, Tesla n'est que le 11° constructeur par le chiffre d'affaires et n’a vendu en 2024 que 1,8 million de véhicules – contre 11,2 millions pour Toyota, qui n'est capitalisé qu'à 231 milliards. En somme, Tesla est 40 fois plus valorisé par véhicule vendu que Toyota.



Chiffre d'affaires des constructeurs au premier trimestre 2024
Chiffre d'affaires des constructeurs au premier trimestre 2024

Cette disparité est le signe d’une situation boursière déconnectée des performances effectives de l’entreprise, car fondée sur les anticipations de l’évolution du marché automobile à moyen terme, de l’arrivée de la conduite autonome et de la fin des moteurs thermiques. Fort de ce succès, Elon Musk est devenu l’homme le plus riche du monde, avec une fortune atteignant 462 milliards de dollars en décembre 2024. C'est ce que gagnerait un smicard en 27 millions d’années de travail. Cette somme permettrait de tapisser l'intégralité du département des Alpes Maritimes avec des billets d'un dollar...

 


L’effondrement des ventes et du cours de l'action

 

Depuis l’entrée en fonction d’Elon Musk au DOGE, les ventes de Tesla s’effondrent un peu partout dans le monde : moins 30, moins 50, moins 80% selon les pays. Des concessions ferment, des possesseurs de Tesla bradent leurs véhicules, et l’entreprise perd désormais des fortunes. La valeur boursière de Tesla a fondu de 800 milliards de dollars en trois mois – chiffre totalement inédit dans l’histoire du capitalisme.

 


Cours de l'action Tesla depuis six mois
Cours de l'action Tesla depuis six mois

Les experts estiment qu’il ne faut pas sauter aux conclusions, et que plusieurs phénomènes expliquent cette contre-performance, selon eux passagère : l’attente de nouveaux modèles Tesla, le refroidissement du marché des voitures électriques, l’anticipation par les clients de baisses de prix, la montée en puissance des concurrents européens et chinois…

 

Il faut cependant se rendre à l’évidence : cette chute est tellement vertigineuse qu’elle ne peut être sans rapport avec le comportement d’Elon Musk et les décisions qu’il prend chaque jour au sein de l’administration Trump. En 2024, les sondages indiquaient que 9 conducteurs de Tesla sur 10 n’envisageaient pas d’acheter une autre marque. Posséder une Tesla, c’était comme avoir un Mac : une sorte de religion, qui impliquait de l’exclusivité. Beaucoup de propriétaires de Tesla pouvaient parler des heures durant de leur véhicule et des choix disruptifs opérés par le constructeur. Mais le vent a tourné. Les consommateurs affirment désormais se défier de Musk comme de Tesla, et les possesseurs de ces véhicules craignent d’être stigmatisés ou harcelés, et de faire les frais d’un effondrement du marché de l’occasion.

 


Les critiques d’Elon Musk sont-ils tous des jaloux ?

 

Sur les réseaux sociaux, quiconque critique Elon Musk est immédiatement accusé d’être un jaloux, un technophobe ou un gauchiste. De manière plus constructive, certains font valoir qu’on ne juge pas l’évolution de la bourse sur deux mois et que le succès boursier de Tesla n’est pas irrationnel, car nourri par des perspectives de développement riantes — nouveaux modèles, Robotaxis et technologie de conduite autonome complète (FSD). L’élection de Donald Trump avait en outre accru l’engouement pour la marque : l’influence d’Elon Musk à la Maison blanche devait lui permettre d’obtenir de nouveaux marchés publics (les coupes dans le budget fédéral devant épargner Tesla, SpaceX et Starlink) et de se débarrasser des normes de sécurité qui brident le développement de ses projets.


Musk ne s’est en effet jamais soucié de sécurité. Sa désinvolture en la matière fait même partie de sa stratégie de conquête spatiale: il sacrifie des lanceurs en phase de mise au point plutôt que de les fiabiliser en bureau d’études, et laisse les satellites Starlink retomber dans l’atmosphère sitôt devenus obsolètes. Il a géré X sans davantage de prudence, préférant voir les usagers partir par millions plutôt que d’entendre leurs récriminations. Il y a aussi 10 fois plus d’accidents du travail chez Tesla que chez les autres constructeurs automobiles. Le succès d'Elon Musk, indispensable à la conquête de Mars et au sauvetage de l'humanité, ne saurait s’embarrasser de normes et d’atermoiements.


 

Tesla : une image durablement ternie

 

Musk a d’abord nié tout problème, mais le petit happening publicitaire organisé hier à la Maison Blanche montre qu’il a pris la mesure des dégâts. Pour Tesla, le problème est en effet double, et bien plus sérieux que ne le disent les analystes de l’industrie automobile.

 

D’abord, Elon Musk a beaucoup fait pour le succès de ses marques. C’est un personnage public et charismatique, avide de médiatisation et de gloire, un gourou comme les affectionnent les fans de nouvelles technologies. Il fascinait par sa vision, son audace, sa soif de rupture, sa capacité à faire des paris insensés et à anticiper des évolutions majeures. Rouler en Tesla, c’était partager tout cela et préparer la conquête de Mars. Avoir des actions Tesla, c’était comme investir dans les Bitcoins en 2000, tout en contribuant à une décarbonation radicale du transport. Mais ce rôle de premier plan d’Elon Musk a un prix car, quand le patron déraille, c’est tout le train de la société qui finit dans le ballast.


Elon Musk n’est pas juste un personnage un peu maladroit, qui ne mesure pas la portée de ses propos ou se comporte bizarrement au motif qu'il souffrirait, selon ses zélotes, du syndrome d’Asperger. C’est un mégalomane paranoïaque et haineux, comme on en croise dans les films de James Bond des années 1970. Il est foncièrement raciste et homophobe, soutient l’extrême-droite partout dans le monde, assume son aversion pour la démocratie et la lutte contre les discriminations, exprime son amour de la foule avec des saluts nazis et déploie une énergie folle, lui, l’homme le plus riche du monde, à priver les gens les plus déshérités des aides publiques dont ils bénéficiaient. Quand il dérape, il ne se repent pas, ne s’amende pas, ne s’efface pas : il persiste, sourit et assume. Aujourd’hui, c’est donc un porte-étendard bien encombrant pour les responsables de Tesla et les fans de la marque.



De sombres perspectives pour Tesla

 

En second lieu, le boycott de Tesla est d’une ampleur et d’une puissance inédites. Il n’est pas le fait de quelques activistes ou associations, mais de millions de personnes qui condamnent les outrances d'Elon Musk ou cherchent des moyens de freiner la dérive illibérale de Donald Trump. Sauf si Elon Musk se sépare du constructeur automobile, personne ne pourra, dans six mois, deux ans ou cinq ans, prétendre acheter une Tesla sans assumer une forme de soutien aux idées du patron de la marque. Et la dénonciation par Donald Trump du boycott « illégal » organisé par « les gauchistes » ne fera qu’accentuer le phénomène, en soulignant le caractère politique de l’achat d’une Tesla.

 

Certes, les boycotts ne durent pas. Mais d’ordinaire ils viennent sanctionner une erreur de communication ponctuelle, le dérapage d’un patron – comme dans les cas de Barilla ou de Guerlain – ou une décision controversée. Les marques font amende honorable, s’organisent pour faire oublier le bad buzz et les choses rentrent dans l’ordre. En outre, un boycott n’est pas toujours simple à organiser ou à assumer : les consommateurs ne changent pas facilement d’habitudes et ne sont pas prêts à des sacrifices à moyen terme. Mark Zuckerberg et Jeff Bezos ont eux aussi pris des positions controversées dans le sillage de Donald Trump, mais se passer de Facebook ou d’Amazon n’est pas aussi simple que de changer de shampoing ou de café. En outre, à la différence de Musk, ces deux-là se font désormais très discrets.



Boycotter Tesla est simple et efficace

 

En revanche, boycotter Tesla est simple. L’offre de véhicules électriques est désormais pléthorique, et les autres constructeurs ont rattrapé leur retard technologique. Aujourd’hui, même le fan inconditionnel de la marque réfléchira à deux fois avant d’investir dans une voiture à l'image aussi controversée. Il faut rappeler qu'aucun bien n'est plus public qu'une voiture: chacun peut faire des choix de consommation discutables dans l'intimité de son domicile (musique, nourriture, équipements, lectures...) sans craindre pour sa réputation, mais il est impossible de cacher un véhicule. Sa fonction d'affichage est même centrale dans l'acte d'achat. Ainsi, les possesseurs de Tesla étaient particulièrement fiers de leur voiture, symbole tout à la fois d'engagement environnemental, d'amour de la technologie, de dynamisme et de réussite sociale. Beaucoup de Tesla sont d’ailleurs des voitures de fonction, acquises en leasing par des sociétés qui se soucient de leur image. Elles ont choisi ce constructeur pour afficher leur foi dans le progrès technologique et leur engagement en faveur de la préservation de l’environnement; aujourd'hui, elles ne veulent en rien être associées à un histrion proto-fasciste qui fait les gros titres de la presse chaque jour et prend des initiatives désordonnées. Certes, il restera toujours une frange de supporters inconditionnels de Donald Trump ou de Tesla qui s’afficheront fièrement avec leur Cybertruck, mais ils ne seront pas assez nombreux pour compenser les effets du boycott et permettre à la marque, comme l'a promis hier Elon Musk, de doubler sa production en 2025. Enfin, on note que le boycott de Tesla a des effets particulièrement dévastateurs. Etant donné que la capitalisation boursière du constructeur n'est pas directement liée à son activité industrielle et commerciale, mais fondée sur des anticipations rationnelles, la perte de confiance dans son développement a des effets puissants.

 


Mettre Elon Musk au pas

 

Le propos n’est pas d’accabler les possesseurs de Tesla, qui ont choisi ces voitures pour leur technologie et leurs performances, et pas pour partager les convictions politiques que Musk n’avait pas encore exprimées. Les actionnaires de Tesla sont logés à la même enseigne, victimes du comportement erratique d’un patron qui, jusque-là, s’était plus distingué par son audace et sa vision que par ses dérapages. Quant aux actions violentes contre les véhicules, les stations de recharge et les concessionnaires de la marque, elles sont injustes, imbéciles et contreproductives.

 

Il faut néanmoins prendre acte de l'ampleur des ennuis que rencontre Elon Musk du fait du boycott de ses voitures, et sans doute s'en réjouir. La fortune de l'homme le plus riche du monde n'est en effet pas liquide, mais constituée d'actions dont la valeur fond comme neige au soleil. Quant à ses multiples projets industriels, ils sont financés par des prêts garantis par ses actions... Si la dégringolade de Tesla continue, Musk va vite affronter de graves difficultés financières. Ses déconvenues sont une bonne nouvelle car elles prouvent qu’il existe des contre-pouvoirs et que des milliardaires ne peuvent pas gouverner un pays sans avoir été élus à rien, et sans être responsables de leurs actes et propos devant personne. Les citoyens du monde entier envoient aujourd’hui un message au patron de Tesla, qui fera sans doute réfléchir ses pairs multimilliardaires qu’une expérience d’apprenti autocrate pourraient tenter.


Olivier Costa

Dernière mise à jour : 29 sept. 2025


Donald Trump a, de nouveau, menacé d’appliquer des taxes douanières de 25% aux importations européennes. L’Union semble désemparée : exclue des discussions sur l’avenir de l’Ukraine, elle serait divisée et dépourvue de stratégie face aux menaces du président américain. Mais est-ce bien vrai ? A y regarder de plus près, cette nième crise est peut-être en train de provoquer le sursaut politique tant attendu.

 


Trump : la tornade ou le chaos ?

 

Pour un chercheur, un blog est l’opportunité d’analyser et de commenter l’actualité en temps réel, sans attendre d’avoir le recul nécessaire à un article scientifique. Néanmoins, depuis l’investiture de Donald Trump le 21 janvier dernier, j’ai régulièrement renoncé à écrire au sujet de l’agitation qui s’est emparée des Etats-Unis et des réactions plus ou moins ordonnées de l’Union européenne, car la situation change de jour en jour. Chacun s’attendait à ce que Donald Trump prenne une série de décisions plus ou moins rationnelles et iconoclastes, mais personne ne pouvait imaginer qu’en cinq semaines il bouleverserait l’ordre mondial, laissant dériver les Etats-Unis vers un régime autoritaire aux mains de quelques milliardaires mégalomanes, battant en brèche la science et la médecine, organisant la discrimination de groupes entiers de la population, sabrant comme jamais dans les effectifs de l’administration fédérale, mélangeant allègrement business et action publique, s’ingérant dans la vie politique de pays tiers, remettant en cause des notions aussi fondamentales que la souveraineté des États et l’intangibilité de leurs frontières, devenant un allié objectif de la Russie à l’ONU – en votant avec la Biélorussie, le Nicaragua, la Corée du Nord et le Soudan…

 

A un journaliste américain qui me demandait récemment ce que les diplomates européens pensent de tout cela, j’ai répondu qu’ils étaient sans voix. Le type de conflit qu’ils ont l’habitude de régler est lié au choix d’un adjectif malheureux dans le discours d’un ministre, à l’oubli d’un drapeau lors d’un diner ou au report d’une visite officielle, et pas à la menace d’annexion d’un pays souverain, à la remise en cause de la légitimité d’un chef d’État ou à des décisions qui font abstraction du droit international. Les diplomates ne sont pas prêts à gérer une situation aussi outrancière, nourrie par les provocations d’un Donald Trump qui se réveille chaque matin en se demandant comment faire les gros-titres du soir.

 

Le président américain ne se contente pas, comme lors de son premier mandant, de promouvoir une vision égoïste des intérêts de son pays, tempérée par la technostructure fédérale. Désormais, il agit à sa guise et ne semble mu que par ses intérêts personnels – et ceux des businessmen qui l’entourent – et ses lubies du moment, au détriment de toute réflexion organisée sur les intérêts de son pays et de ses alliés.

 

 

L’Union européenne tétanisée ?

 

Le choc est rude, mais l’Union européenne n’est pas inerte. Elle n’a certes pas l’agilité d’une fédération, car elle doit composer avec la lourdeur d’un système décisionnel polycentrique, l’absence de véritable leadership et les divergences, parfois profondes, qui existent entre ses 27 Etats membres. Depuis toujours, l’Union est plus capable de gérer les affaires courantes que de lancer de grands projets et des réformes ambitieuses. Elle n’y parvient que lorsqu’elle se trouve au pied du mur et que la pression est suffisamment forte pour que les représentants des Etats acceptent l’idée qu’ils n’ont pas d’autre option que de lui concéder davantage de compétences et de pouvoirs, et de faire les concessions qu’exige l’émergence d’une position commune.

 

Ainsi, la crise financière de 2008 a permis à l’Union d’adopter toute une série de mesures destinées à sauver la zone Euro, qui n’auraient jamais abouti en temps normal. Il en a été de même pour la crise migratoire déclenchée en 2015 par l’arrivée de centaines de milliers de réfugiés syriens sur les côtes européennes. La pandémie du COVID19 a conduit l’Union à développer rapidement des initiatives en matière de santé publique, et a convaincu les 27 de créer une dette commune pour soutenir leurs économies. Enfin, l’invasion de l’Ukraine en février 2022 a suscité une mobilisation sans précédent sur les questions de défense et permis des avancées rapides sur nombre de sujets sensibles.

 

En outre, si l’Union européenne est parfois lente à réagir, elle ne manque pas d’idées et de projets. C’est en effet un système politique dont les acteurs défendent une multiplicité de propositions et de points de vue, et vivent dans l’attente de pouvoir les faire entendre. Face à un problème inédit, les 27 ne sont donc jamais démunis : c’est l’occasion pour les uns et les autres – commissaires, haut-fonctionnaires, ministres, diplomates, députés, experts… – d’avancer des idées préparées de longue date. Enfin, il faut rappeler que la Commission a une forte culture de l’anticipation, et raisonne toujours en termes de scénarios, en n’oubliant pas d’envisager le pire.

 

 

L’Europe tient bon

 

Depuis un mois, l’Union vit dans l’attente de l’annonce par Donald Trump de l’augmentation des droits de douane sur les produits européens. Il souffle le chaud et le froid, et multiplie les déclarations fantaisistes sur l’ampleur du déficit commercial entre les deux blocs et le refus des Européens d’acheter des produits américains. Récemment, il a présenté – en des termes très crus – l’Union comme un projet conçu pour nuire aux Etats-Unis. Le 26 février, il a renouvelé ses attaques et annoncé qu’il imposera début mars des droits de douane de 25% sur toutes les importations européennes.

 

L’enjeu est crucial, car l’économie européenne est fondée sur le commerce international : l’Union a un besoin vital d’énergie et de matière premières, et doit importer les nombreux produits qu’elle ne fabrique pas. Mais elle exporte aussi massivement sa production industrielle et agricole, et reste la seconde puissance commerciale après la Chine.

 


Une Commission plus virulente

 

Depuis l’investiture de Donald Trump, Ursula von der Leyen affirme qu’il est possible d’éviter une escalade, et que personne n’a intérêt à une guerre commerciale. La Commission a toutefois répliqué vivement aux dernières déclarations du Président américain, avertissant qu’elle réagirait « fermement et immédiatement » à de nouvelles taxes. Elle a aussi contesté le mauvais procès qui était fait à l’Union, et a rappelé que l’intégration européenne a été « une aubaine » pour les Etats-Unis, en permettant aux Américains d’exporter les mêmes produits sur tout le marché européen et d’y investir massivement. Le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, a contesté les allégations de Donald Trump qui répète qu’il existe un « déficit commercial de 300 milliards de dollars avec l’Union ». Dans les faits, il est de 150 milliards de dollars sur les biens, compensé, à hauteur de 100 milliards de dollars, d’un surplus américain sur les services. Le déséquilibre se limite donc à 50 milliards sur un total d’échanges de 1.600 milliards de dollars.

 

La Commission affirme désormais être prête à toutes les éventualités, mais refuse de dévoiler ses intentions face à un Donald Trump passé maître dans l’art du bluff. Son désir de dialogue s’est nettement émoussé en raison de l’attitude condescendante du Président américain, qui a refusé de rencontrer Ursula von der Leyen ou Kaja Kallas, la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères, et qui agit comme si l’Union n’existait pas.

 

 

L’Europe restera sans doute unie

 

Il est de bon ton, dans les médias et l’espace public, de moquer la faiblesse de l’Union européenne. Elle s’illustrerait à merveille dans la volonté de Donald Trump et Vladimir Poutine de sceller le sort de l’Ukraine sans convier ni les Européens, ni les Ukrainiens, à la discussion. Il faut toutefois nuancer ce point de vue à trois égards.


D’abord, le désir des présidents américain et russe de faire abstraction de l’Union reflète aussi leur crainte de la voir émerger parmi les grandes puissances. Il y a 20 ans, personne n’aurait songé à la convier aux négociations ; refuser sciemment de le faire, c’est admettre que cela est désormais dans l’ordre des choses.

 

Le navire européen dans la tempête (IA)
Le navire européen dans la tempête (IA)

En deuxième lieu, il faut rappeler que l’Union européenne n’a pas été créée pour assurer des missions de sécurité et de défense, et que ses compétences comme son budget en la matière sont encore très limités. La situation actuelle se prête sans doute plus à réfléchir à la manière de les accroître, qu’à dénoncer la passivité d’une organisation qui doit se contenter de moyens dérisoires.

 

Enfin, il faut considérer avec prudence l’idée que les 27 seraient très divisés. Il existe certes de nettes divergences stratégiques entre ceux qui cherchent la neutralité, ceux qui pensent encore possible de négocier avec les Américains et ceux qui estiment que Trump ne comprend que les rapports de force. Les intérêts des Etats membres ne sont en effet pas les mêmes, qu’il s’agisse de sécurité ou de commerce. Les initiatives européennes sont aussi entravées par la présence, autour de la table, de quelques leaders proches de Donald Trump et/ou de Vladimir Poutine. Le Président américain ne cache pas qu’il compte sur les divisions des Européens et il est possible que, s’il décide d’imposer des taxes douanières supplémentaires, il en exempte certains Etats considérés comme « amis ».

 

 

Les précédents du Brexit et de la guerre en Ukraine

 

Il faut toutefois rappeler que, dans le passé, plusieurs leaders se sont cassé les dents à trop compter sur les divisions des européens. Ce fut le cas des négociateurs britanniques du Brexit, qui n’imaginaient pas se heurter au front uni des 27 et devoir négocier avec le seul Michel Barnier. Le référendum de 2016 n’a en effet pas suscité « l’effet domino » espéré par certains, et les Britanniques n’ont pu compter sur aucun allié au sein du Conseil européen. Il en a été de même pour M. Poutine, qui ne s’attendait sans doute pas à ce que l’Union européenne se mobilise aussi rapidement et unanimement pour soutenir l’Ukraine. Le Premier ministre hongrois, M. Orban, a certes essayé de saboter le processus, mais ses efforts ont été peu efficaces.

 

Un sommet européen est prévu le 6 mars pour évoquer le sort de l’Ukraine, en présence du président Zelensky, et envisager des solutions au possible désengagement américain de l’OTAN. Si Donald Trump met ses menaces de nouvelles taxes à exécution d'ici là, les 27 devront aussi définir une ligne de conduite. Et, contrairement à ce que l’on entend souvent dire, les solutions existent. Cela fait un an que les services de la Commission et du Conseil travaillent à une riposte, dans l’hypothèse de la victoire de Trump et du déclenchement par celui-ci d’une guerre commerciale. Ces instruments permettront de faire pression sur les Etats-Unis qui ont, eux aussi, beaucoup à perdre dans une guerre commerciale transatlantique.

 

 

Quels leaders pour porter les réformes ?

 

Dans l’Union, comme dans toute organisation, un changement d’ampleur réclame la réunion d’au moins trois conditions : un consensus sur l’idée que le statu quo n’est pas la meilleure option ; l’existence de projets de réformes ; et des personnes capables de les porter. Pour l’heure, l’Europe souffre surtout d’une absence de leadership. Les responsables des institutions européennes n’ont pas la capacité juridique ou politique de faire bouger substantiellement les lignes et, autour de la table du Conseil européen, c’est l’atonie depuis quelques années déjà. Mais les choses évoluent.

 

Emmanuel Macron, qui est désormais contraint par la situation politique française de se focaliser sur les questions européennes et internationales, a multiplié les initiatives, en organisant un mini-sommet sur la défense européenne à Paris et en s’invitant à Washington pour rencontrer Donald Trump. Cette semaine, à l’occasion de sa visite d’État au Portugal, il a appelé les Européens à se montrer « plus que jamais unis et forts » et à refuser la « vassalisation heureuse » vis-à-vis des Etats-Unis. Il est aisé de railler les gesticulations du Président français et de rappeler qu’il est reparti bredouille de Washington, mais sa mobilisation est de nature à inspirer d’autres leaders européens et à susciter une dynamique.


Donald Tusk, le président polonais, dont le pays assure la présidence du Conseil ce semestre, s’est lui aussi montré offensif vis-à-vis des Etats-Unis, en contraste avec la tradition très atlantiste du pays. Le Premier Ministre espagnol Pedro Sanchez a également multiplié les appels à la mobilisation et à l’approfondissement de l’Union. Friedrich Merz, le leader de la CDU et futur Chancelier allemand, s’est montré lui aussi virulent, malgré les liens historiques de son parti avec les Etats-Unis. A peine trois jours après sa victoire aux élections législatives du 23 février, il s’est rendu à l’Elysée pour un diner avec Emmanuel Macron et s’est montré enthousiaste après leurs échanges. Son arrivée à la Chancellerie sera peut-être l’occasion d’une relance du couple franco-allemand, qui a beaucoup souffert de l’affaiblissement politique d’Emmanuel Macron, de la pusillanimité d’Olaf Scholz et de l’absence d’atomes crochus entre les deux hommes.

 

La situation est grave pour l’Europe. Sa prétention à jouer un rôle politique sur la scène internationale et à ne pas se contenter d’être une zone de libre-échange sous influence des grands blocs est en question. Mais, que ce soit sur le plan militaire ou commercial, les coups de menton de M. Trump aujourd’hui, comme l’agressivité de M. Poutine hier, pourraient paradoxalement alimenter le sursaut politique dont l’Union a besoin.

 

Olivier Costa

Dernière mise à jour : 29 sept. 2025

Après Vladimir Poutine, c’est au tour de Donald Trump d’inquiéter les leaders européens. Va-t-il déclencher une guerre commerciale ? Se désengager de l’OTAN ? Annexer le Groenland ? Les représentants des 27 se sont réunis en conclave à Bruxelles avec les représentants de l’OTAN et du Royaume-Uni pour évoquer les perspectives de la défense européenne. Que peut-on espérer ?

 

 

Un monde dangereux


Le monde file un mauvais coton. La chute du mur de Berlin, fin 1989, laissait entrevoir des lendemains qui chantent. D’aucuns estimaient que le modèle occidental, fondé sur la démocratie libérale, l’économie de marché, le respect des droits fondamentaux, le progrès social, les valeurs de tolérance, d’entraide et d’ouverture, et la recherche de la paix entre les nations, allait s’imposer à tous. Ce n’était qu’une question de temps, et le commerce et la diplomatie étaient censés assurer une circulation rapide de ces idées à l’échelle globale. L’ambition, pour les Européens, était de reproduire sur tous les continents et entre ceux-ci ce qu’ils avaient réussi à faire au lendemain de la guerre. A Bruxelles et à Strasbourg, on croyait au destin universel des valeurs européennes, au rôle messianique de l’Union, au multilatéralisme, au libre-échange mondialisé, au règne du droit plutôt qu’à celui de la force, et au désarmement.


Trente-cinq ans plus tard, ces ambitions ont vécu. Le nombre de démocraties avancées décline depuis le début des années 2000, et de grands pays, comme les Etats-Unis, l’Italie ou l’Argentine, inquiètent. Les rapports entre les blocs se tendent, et l’impérialisme est de retour. L’Europe, qui se pensait à l’abri du parapluie nucléaire américain, se découvre isolée et vulnérable, entre un Poutine agressif et un Trump vindicatif. Quelques années après avoir découvert sa vulnérabilité économique, technologique, sanitaire et alimentaire à l’occasion de la crise du Covid-19, l'Union s'interroge désormais sur les moyens d'assurer sa sécurité.

 


L’Europe de la défense, une vieille histoire


Ces discussions ne sont pas nouvelles. Le projet d’intégration européenne lui-même était fondé sur des enjeux de sécurité : assurer la paix entre les États européens et les protéger de leur voisin soviétique. Cette réflexion, qui a donné naissance à la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier en 1951, a engendré ensuite l’idée d’une Communauté européenne de la défense. Ce traité, qui prévoyait une armée européenne placée sous commandement intégré, fut cependant rejeté par l’Assemblée nationale française en 1954. Après cet échec cuisant, l’intégration fut envisagée exclusivement sous l'angle économique, faute de mieux. Les questions de sécurité, de politique étrangère et de défense n’ont été abordés à l’échelle européenne que timidement, les États membres s’en remettant pour l’essentiel à l’OTAN. Au début des années 1990, le traité de Maastricht a néanmoins institué une « Politique étrangère et de sécurité commune », qui a donné un cadre aux initiatives des États membres dans ce domaine. Au début des années 2000, les enjeux de défense ont également été abordés, notamment à l’initiative de la France et du Royaume-Uni.

 

Mais ces efforts se sont heurtés à trois types d’obstacles. Il y avait, en premier lieu, l’attachement des leaders nationaux à leurs compétences en matière de diplomatie et de défense : ce sont des questions régaliennes qu’ils étaient peu désireux d’abandonner à l’Union. Ensuite, les discussions ont souffert de l’existence de profondes divergences entre trois groupes d’États :  ceux, comme la France ou l'Italie, qui sont traditionnellement actifs à l’échelle internationale et sur le plan militaire ; ceux, comme l'Irlande ou la Belgique, qui ont peu d’influence et de moyens, et ne se sentent pas concernés ; et ceux, comme l'Autriche ou la Finlande, qui sont attachés à leur neutralité et à un principe de non-ingérence dans les affaires du monde, et sont hostiles à l’idée d’une défense européenne. En troisième lieu, les discussions étaient rendues difficiles par les relations contrastées que les États membres entretiennent avec les autres grandes puissances, et par leurs visions différenciées de l’ordre mondial. Pour toutes ces raisons, l’Union européenne n’a pris en charge les questions de défense et de sécurité qu’à la marge.


Mais le contexte a changé et, depuis quelques années, les discussions sur la possibilité et les modalités d’une défense européenne vont bon train. Désormais, plus personne ne nie la pertinence de ce débat, dans un contexte où l’on craint une attaque russe contre les États de la frontière orientale de l’Union et, le cas échéant, un refus des Américains de leur prêter assistance.  

 


Sortir de l’illusion d’un monde pacifié par le commerce


S’il n’existe pas encore de consensus pour entreprendre des actions d’ampleur dans le domaine de la défense européenne, les 27 reconnaissent que, comme le disait joliment Clément Beaune quand il était Secrétaire d’États aux Affaires européennes, « l’Union ne peut pas rester un herbivore dans un monde carnivore ».

 

Crédits: IA
Crédits: IA

Les illusions des années 1990 se sont dissipées. Il n’y a pas eu de convergence massive vers le modèle « occidental » de la démocratie libérale, et les relations internationales n’ont pas évacué l’impérialisme et les rapports de force. Le commerce et la coopération internationale n’ont pas suffi à imposer au monde les standards « européens » de paix, de démocratie, de respect des droits et de croyance dans les vertus du multilatéralisme.


Ainsi, la Chine, qui a connu en essor économique, technologique et social considérable, grâce notamment au commerce avec les Etats-Unis et l’Europe, n’a pas aligné son modèle politique et sa conception des relations internationales sur ceux de l’Occident. La Russie n’a connu qu’une embellie démocratique de courte durée, et foule désormais aux pieds la souveraineté de son voisin ukrainien et les règles de l’ONU. Les puissances émergentes du "Sud global" s'organisent sous la houlette de la Chine et de la Russie dans le cadre des BRICS+ et prônent la désoccidentalisation du monde.


Source: Brussels Institute fo Geopolitics, 2024
Source: Brussels Institute fo Geopolitics, 2024

Avec Trump, ce sont à présent les Etats-Unis qui se lancent dans une aventure dont on peine à comprendre la logique et la finalité, mais qui bat en brèche l’idée que ce pays est un allié inconditionnel de l’Union européenne et un partenaire fiable. Il est donc grand temps d’envisager la manière dont l’Union peut assurer sa propre sécurité, et défendre ses valeurs et ses intérêts à l’échelle globale.

 

Le budget, clé du débat


Les dirigeants des 27 se sont réunis en « conclave » à Bruxelles le 31 janvier, à l'invitation d’Antonio Costa, le Président du Conseil européen, et en présence de Mark Rutte, le nouveau Secrétaire général de l’OTAN, et de Keir Starmer, le Premier ministre britannique. Il s’agissait d’un simple échange de vues sur les perspectives ouvertes par le retour de Donald Trump au pouvoir et les enjeux de la défense européenne.



L’argent a vite été au cœur des échanges. Au nom de l’OTAN, Mark Rutte a exigé des leaders Européens qu’ils consacrent davantage de moyens à leur défense. Dans une perspective très trumpienne, il a rappelé qu'ils consacrent un quart de leur revenu national au bien-être des citoyens (retraites, santé, sécurité sociale) et qu’une plus large partie de ces ressources doit désormais être dévolue à la défense. Rutte visait notamment les pays du sud de l’Union, qui consacrent tous moins de 2% de leur PIB à cet enjeu, en exigeant que ce montant passe à 5%. Les leaders européens évoquent plutôt sur 3%, ce qui serait déjà un net progrès, sachant que la part actuelle est de 1,7% à l’échelle des 27, après avoir atteint un plus haut à 4% au début des années 1960. Par voie de comparaison, elle est de 3,5% aux Etats-Unis et de 9% en Russie – devenue une économie de guerre depuis l’enlisement du conflit en Ukraine.

 


Source: Banque Mondiale
Source: Banque Mondiale

 

Le tabou de la mutualisation


Les 27 semblent d’accord pour fournir des efforts budgétaires, dans un contexte pourtant tendu, mais il est exclu de mutualiser ces sommes à l’échelle européenne : les budgets de défense resteront nationaux, tout comme les politiques. Les diplomates des États membres rappellent, à chaque fois qu’ils en ont l’occasion, qu’il n’appartient pas à l’Union de s’occuper directement de défense. Il existe certes un nouveau « Commissaire européen à la Défense et à l'Espace », le Lituanien Andrius Kubilius, mais les chancelleries estiment qu’il doit s’occuper de l’industrie de défense européenne, et non de la défense en tant que telle. Ils rappellent aussi que les décisions-clés en la matière restent du ressort du Conseil européen, qui se prononce à l’unanimité, dans le respect de la souveraineté de chaque État.


Pour l’heure, rien n’a été décidé quant aux moyens qui permettraient à l’Union, en tant que bloc, de développer des dispositifs de défense communs. Il est certes question d’un bouclier anti-missile, d’un système de cybersécurité et de la fabrication de drones, mais pour cela il faut des fonds. Or il est impossible de les trouver dans le budget actuel, qui plafonne à 1% du PIB des 27 – contre 24% pour l’État fédéral américain. Pour financer des initiatives, il faudrait renoncer à la politique agricole commune ou aux actions menées par l’Union en matière de compétitivité et de développement régional – ce à quoi les États membres bénéficiaires ne consentiront pas.


Emmanuel Macron plaide pour un financement de la défense européenne par la dette, mais l’Allemagne y est catégoriquement hostile. Il faut trouver d'autres solutions. Le Conseil européen a demandé, en mars 2024, à la Commission de plancher sur le sujet, mais ses préconisations ne sont attendues que pour le mois de mars 2025. Pour l’heure, les perspectives financières pluriannuelles 2021-2028 ne prévoient qu’un total de 8 milliards d’Euros pour la défense – l’équivalent d’un mois de guerre en Ukraine pour la Russie.

 

L’obstacle des divisions européennes face à Trump


Au-delà des enjeux budgétaires, qui créent toujours des tensions entre les États membres, il existe des divergences marquées quant à la manière d’appréhender le retour de Donald Trump à la Maison blanche. Les Européens ont toujours été divisés sur les relations internationales mais, souvent, les crises ont permis de resserrer les rangs. Après le vote du Brexit, les 26 ont fait front pour négocier le contrat de divorce, à la grande surprise des responsables britanniques qui entendaient tirer parti du désordre. De même, Vladimir Poutine ne s’attendait pas à ce que les 27 adoptent rapidement une série de sanctions et un plan de soutien inédit à l’Ukraine, malgré la contrainte de l’unanimité et le sabotage de Viktor Orban.


Mais, avec Donald Trump, les choses sont plus complexes, car il a miné la cohésion de l’Union européenne en se ménageant des alliés parmi les 27. Aujourd’hui, les Etats membres sont ainsi divisés en trois camps : ceux qui entendent tenir tête à Trump, ceux qui considèrent qu'une négociation apaisée reste possible avec lui, et ceux qui se réjouissent de son arrivée au pouvoir.


La France, l’Espagne et la Pologne ont pris la tête d’un petit groupe de pays qui entendent répondre énergiquement aux provocations de Donald Trump, veiller à l’intégrité territoriale du Groenland et condamner les ingérences d’Elon Musk dans la vie politique européenne. Donald Tusk, dont le pays exerce la Présidence du Conseil durant le premier semestre 2025, partage certes l’atlantisme historique des leaders polonais, mais a appelé à l’unité des Européens face aux outrances du nouveau président américain.


Un deuxième groupe de leaders se veut plus conciliant, dans le sillage d’Ursula von der Leyen, la très atlantiste Présidente de la Commission, et de la Haute Représentante de l’Union, la prudente Kaja Kallas. Ils persistent à croire en la possibilité d’un dialogue avec M. Trump et récusent l’escalade. Ce point de vue est partagé par Friedrich Merz, le leader de la CDU, probable futur Chancelier allemand à l’issue des élections du 23 février, qui n’a pas eu un mot pour commenter le soutien d’Elon Musk à l’AfD, parti d’extrême-droite violemment anti-européen.


Il y a enfin les leaders ouvertement trumpistes, motivés par des considérations idéologiques et la perspective de bénéficier du soutien du Président américain. C’est le cas du hongrois Viktor Orbán, qui avait déjà adopté cette ligne lors du premier mandat de M. Trump. C’est aussi celui de son homologue slovaque Robert Fico et, dans une moindre mesure, du Tchèque Andrej Babiš et de l’Autrichien Herbert Kickl. La plus belle prise de M. Trump est évidemment Georgia Meloni, qui voit dans sa relation privilégiée avec le président américain un atout pour affirmer son leadership à l'échelle de l'Union. Enfin, il y a les nombreux responsables d’extrême-droite qui ne sont pas (encore) au pouvoir, notamment en France, en Allemagne et en Espagne, et voient dans Donald Trump un allié de poids et un modèle à suivre – qu’il s’agisse de son style ou de ses idées.



Les outrances de Trump, ferment de l’unité européenne ?


Dans ces conditions, réaliser l’unité des Européens n’est pas aisée. Il reste que la surenchère permanente de Donald Trump pourrait y pourvoir. D’abord, le chaos d’annonces radicales du Président américain est de nature à mobiliser les leaders les plus réticents à donner à l’Union des compétences dans le domaine de la sécurité et de la défense. Les réactions vigoureuses des autorités mexicaines et canadiennes aux menaces de M. Trump pourraient leur inspirer un peu de courage.


Ensuite, les foucades du locataire de la Maison blanche sont propres à effrayer les leaders qui lui sont, a priori, les plus favorables. A l’extrême-droite de l’échiquier politique européen, on admire l’homme et l’on partage ses vues, que ce soit sur l’immigration, la lutte contre le « wokisme », le protectionnisme, la haine de l’intégration européenne et des organisations internationales, le protectionnisme ou le climato-scepticisme… Mais on aura du mal à s’accommoder de son impérialisme quand il portera atteinte aux intérêts européens. Les leaders d’extrême-droite les plus désireux de gouverner ne peuvent en effet faire abstraction de l’opinion et des intérêts de leurs électeurs. Passée la jubilation de voir un populiste décomplexé accéder aux plus hautes fonctions, ils devront admettre qu’il ne se soucie pas du sort de ses alliés politiques en Europe, qu'il n'est pas un allié fiable et qu'il n’entend servir que les intérêts de son pays au détriment de ceux des autres.


Cette tension s’est illustrée, dès l’investiture du 20 janvier, par la différence de comportement entre les responsables du RN et ceux de Reconquête! M. Zemmour et Mme Knafo ont tiré une grande fierté de leur invitation à la cérémonie, et n’ont pas tari d’éloges au sujet de M. Trump. Pour les représentants d’un parti aussi marginal que Reconquête!, toute publicité et tout soutien sont bons à prendre. Au contraire, Mme Le Pen et M. Bardella, qui se veulent dignes d’accéder aux plus hautes fonctions, se sont montrés plus circonspects et ne se sont pas rendus à Washington. Quand l’on prétend gouverner la France, on ne peut être tenu pour complice de la guerre commerciale que M. Trump a promis à l’Europe.

 

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Face à un monde aussi chaotique, il faut garder un peu d’espoir. Celui que les dérives autoritaires des leaders des autres blocs convainquent les citoyens et les responsables européens que notre mode de vie, nos valeurs et notre conception de la politique et des relations internationales méritent d’être défendus. Et que, en conséquence, un sursaut est nécessaire pour éviter un démantèlement de l’Union européenne et sa mise sous tutelle par ses voisins remuants.


Olivier Costa

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