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Dans ce blog, je publie régulièrement des textes sur des sujets d'actualité. J'en reprends certains en anglais.

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Avec la démission de Sébastien Lecornu moins de 24 heures après l’annonce de la composition de son gouvernement, l’heure est grave. Pourtant, Emmanuel Macron fait comme si tout était normal, comme s’il n’avait jamais failli et comme s’il n’avait pas été réélu par défaut. A sa demande, le Premier ministre démissionnaire persiste à tenter de discuter avec des gens qui ne veulent pas lui parler. Le NFP se réunit sans les socialistes et les communistes, et continue d'analyser les résultats des législatives comme un appel désespéré du peuple à un règne des Insoumis. Le PS et le PCF, désormais isolés, réclament un gouvernement de cohabitation, forts de leurs 83 sièges à l'Assemblée. Chez Les Républicains, les durs exigent la même chose, au nom d’une fraction de leurs 47 députés. Le RN boit du petit lait, refuse de rencontrer Lecornu et réclame une nouvelle dissolution, espérant doubler le nombre de ses députés.

 

Le majorité des électeurs, ceux qui n’ouvrent jamais un journal et ne s’informent que sur CNews, RMC et les réseaux sociaux, se préoccupent peu de comprendre pourquoi il est si difficile de trouver un gouvernement et une majorité. Les subtilités de la Constitution de 1958, de la culture politique française et des stratégies politiques et inimitiés personnelles des uns et des autres ne les intéressent pas. Ils refusent d’écouter ces leaders qui, plus d’un an après les législatives, en sont encore à nous expliquer, l’un après l’autre avec le même air habité, qu’ils sont tous les grands vainqueurs du scrutin et que seul leur programme doit s'appliquer.

 

Ces citoyens ne retiennent qu’une chose de cette séquence pathétique : les partis traditionnels sont incapables de gouverner le pays, et il faut désormais s’en remettre à un leader fort, évidemment issu du RN. Il est clair qu’avec des Trump, Poutine et Orban, les controverses politiques et les pesanteurs du pluralisme ne constituent pas des problèmes durables. Si, à mon sens, ces électeurs se trompent quant au remède, leur irritation est légitime : l’attitude des principaux responsables politiques français, ces candidats putatifs aux présidentielles qui ont pris en otage les partis français depuis les années 1960, est indigne. Alors que le pays est au bord du chaos – politique, financier, économique et social – ils se focalisent sur leurs microscopiques calculs électoraux, leurs promesses intenables et leurs problèmes d'égo.

 

J’ai toujours considéré que la Cinquième République, qui fait de la conquête de l’Élysée la finalité de tout engagement, engendrait une classe politique nationale intrinsèquement toxique, car animée d’un délire bonapartiste, maoïste ou christique, sourde à l’intérêt général et incapable de douter de la justesse de ses idées et de son action. Nos institutions conduisent aussi à réduire au silence celles et ceux qui se soucient davantage du sort du pays que de leur destin personnel, et se rendent coupables de modération, de modestie et de prudence. La Cinquième République, c’est le régime où les Pierre Mendès-France et les Robert Boulin se font piétiner par les François Mitterrand et les Jacques Chirac. En politique – comme dans bien d'autres milieux – la prime va aux hypocrites, aux manipulateurs, aux tribuns, aux impitoyables. Seuls celles et ceux qui ont un égo hypertrophié peuvent croire en leur destin présidentiel et être mus par l’idée que la fin justifie toujours les moyens.

 

La crise actuelle le démontre plus qu’il n’est nécessaire. Mais on voit mal les principaux responsables politiques français, dont les nuits sont peuplées de fantasmes élyséens, scier la branche sur laquelle ils rêvent de pouvoir se jucher.


Olivier Costa


Crédits: Assemblée nationale

Article publié dans le mensuel "L'Europe", septembre 2025, n° 4, p. 2

Crédits: Fred Guerdin / European Union, 2025 / EC - Audiovisual Service
Crédits: Fred Guerdin / European Union, 2025 / EC - Audiovisual Service

Depuis le retour de Donald Trump à la Maison blanche, les Européens attendent avec fébrilité le résultat des négociations commerciales transatlantiques. Un accord a été conclu le 27 juillet 2025 par le Président américain et la Présidente de la Commission. Celle-ci a été largement accusée d’avoir cédé aux exigences américaines afin de mettre un terme à l’incertitude qui taraude les acteurs de l’économie européenne.


Trump pavoise et la Commission tente de se justifier. Mais cet accord est-il vraiment aussi désastreux qu’on le dit ?

 


Un accord objectivement déséquilibré

 

Le contenu même de l’accord diffère selon les sources : déclaration de la Présidente de la Commission du 27 juillet, « fact sheet » de la Maison Blanche du 28 juillet, « explication » de la Commission du 29 juillet... Les points suivants font cependant consensus : taux « maximal unique et global » de 15 % pour les droits de douane perçus par les États-Unis sur les marchandises de l'Union ; absence de droits de douane pour les importations depuis les Etats-Unis ; accès au marché européen de quantités limitées de produits de pêche et agricoles américains ; réduction de certains obstacles non tarifaires (normes automobiles, mesures sanitaires et phytosanitaires) ; « intention » de l’Union d’acheter aux États-Unis de l’énergie pour 750 milliards de dollars dans les 3 ans ; « manifestation d’intérêt » des entreprises de l'Union pour investir au moins 600 milliards de dollars aux Etats-Unis d’ici 2029.

 

L’accord est objectivement défavorable aux Européens. Les Eurosceptiques, qui sont pourtant prompts à récuser la prétention de l’Union à agir au nom des 27, stigmatisent sa faiblesse et estiment que la Présidente de la Commission n’était pas légitime pour conclure cet accord. Les fédéralistes sont déçus par son manque d’audace et son incapacité à surmonter les divisions des leaders européens. Les éditorialistes se désolent de l’image que cet accord donne de l’Union, à l’échelle internationale comme à l’échelle domestique.

 

Depuis les premières menaces de Donald Trump, l’Union annonce pourtant de possibles mesures de rétorsion. Les institutions ont longuement discuté de la possibilité de taxer certaines importations américaines et d’activer l’instrument « anti-coercition » qui permet d’appliquer diverses sanctions à un État tiers inamical. Les négociations avec les Etats-Unis avaient, plus largement, valeur de test pour les déclarations faites ces dernières années au sujet de l’Europe « géopolitique », « puissance » ou « souveraine », capable de défendre ses intérêts, d’assurer son « autonomie stratégique », d’organiser sa réindustrialisation et de prendre soin de sa défense. Rien de tout cela ne s’est concrétisé : la Commission a négocié un accord qu’elle défend avec modestie en indiquant que cela aurait pu être pire.

 

Une négociation délicate

 

De nombreux commentateurs estiment que cette reculade est imputable à la Présidente de la Commission et moquent ses piètres qualités de négociatrice. Ils lui reprochent aussi son atlantisme et sa soumission à sa famille politique, le Parti populaire européen (PPE), qui réunit les démocrates-chrétiens et les conservateurs, et se préoccupe plus de clarifier les règles du jeu auxquelles sont soumises les entreprises exportatrices de l’Union que d’affirmer la « puissance » de celle-ci. Il faut toutefois rappeler le contexte très difficile de la négociation : l’attitude du Président américain, les divisions entre les États-membres, la proximité de certains leaders avec la Maison blanche, les pressions de l’industrie… En l’espace d’un semestre, Donald Trump a bouleversé tous les codes des négociations internationales, laissant ses partenaires – en Europe comme dans le reste du monde – sonnés et perplexes. Il semble prêt à une escalade sans fin des sanctions si ses intérêts politiques l’exigent, et ne se préoccupe pas des conséquences économiques, sociales et géopolitiques des « tariffs » qu’il annonce au gré de ses humeurs. La négociation est fondamentalement asymétrique, car Trump n’est pas accessible aux arguments de droit et de raison, et fait un usage immodéré de la menace et de l’ultimatum. Que son comportement soit guidé par une stratégie précise ou par des lubies, il est aussi difficile de négocier avec lui qu’avec un preneur d’otages. D’ailleurs, aucun pays n’a obtenu un accord satisfaisant, et l’invocation par les eurosceptiques de celui avec le Royaume-Uni fait peu de cas de sa substance.

 

Il faut aussi rappeler qu’Ursula von der Leyen n’a pas décidé unilatéralement du contenu de l’accord : en matière commerciale, la Commission agit sur mandat des États membres, adopté à la « majorité qualifiée » (55% des Etats représentants 65% de la population). Seules la Hongrie et la France étaient hostiles à la ligne proposée ; la Belgique, la Grèce et l’Estonie étaient réservées ; les 22 autres pays la soutenaient. La Hongrie contestait le principe même d’un accord conclu au nom des 27 ; les quatre autres Etats étaient préoccupés par son impact sur leurs filières exportatrices respectives, estimant qu’un bras de fer aurait permis d’obtenir de meilleurs conditions. Dans les 22 pays dont les diplomates avaient approuvé l’accord, des critiques virulentes se sont aussi fait entendre. Mais la Présidente de la Commission bénéficiait de la majorité requise pour négocier au nom des Etats membres.

 

On note aussi que les contempteurs de Mme von der Leyen ont rarement expliqué ce qu’ils auraient fait à sa place et ne se sont pas appesantis sur les conséquences économiques et géopolitiques d’une éventuelle rupture des négociations. Car Donald Trump n'a pas fait mystère, lors du sommet de l’OTAN des 24 et 25 juin 2025, de sa volonté de lier commerce et sécurité : pas d’appui militaire sans accord commercial. En outre, si les négociations commerciales avaient échoué, quelles auraient été les conséquences de taxes douanières de 30% ou plus ?

 

Une Union européenne « puissance », qui peine à s’affirmer

 

La situation de l’Union est paradoxale. Elle est critiquée de toute part, mais un nombre croissant de citoyens appellent de leurs vœux une Europe plus unie, plus ambitieuse et plus forte. En effet, les relations entre les blocs se tendent, et la logique du multilatéralisme, du respect de la chose signée et de la coopération loyale entre les nations est en berne. Les négociations avec Donald Trump auraient pu être l’occasion pour l’Union de s’affirmer davantage à l’échelle globale, mais l’intendance aurait-elle suivi les postures ? Comment s’accommoder de la présence, autour de la table du Conseil européen, de plusieurs responsables politiques inféodés au Président Trump, d’autres qui paniquent à l’idée de perdre le parapluie nucléaire américain, et d’autres encore qui sont obnubilés par leurs exportations ?

 

Il faut aussi rappeler que Mme von der Leyen et M. Trump n’ont échangé qu’une poignée de main, et n’ont rien signé : c’est un accord politique, un engagement non contraignant des deux parties à prendre un certain nombre de décisions unilatérales. Il pourrait revêtir la forme d’un traité, mais dans ce cas, il devrait être négocié en détail, avec un mandat précis du Conseil, ratifié par celui-ci à la majorité qualifiée, et approuvé par le Parlement européen. Si l’accord intégrait des éléments qui relèvent des compétences des États, il réclamerait même un vote à l’unanimité du Conseil et la ratification par les 27 parlements nationaux : le risque d’échec serait alors considérable. Pour l’heure, l’accord repose donc sur de nombreuses formules vagues et promesses verbales. Sur les questions d’achat d’énergie ou d’armes, et d’investissements, Mme von der Leyen n’avait ni mandat, ni capacité juridique à s’engager. En somme, elle s’est prononcée sur des enjeux qui ne relèvent pas de ses compétences afin de complaire aux demandes de M. Trump.

 

Un bon calcul à moyen terme ?

 

Dans un océan de commentaires sceptiques, sarcastiques ou défaitistes, il y a donc des raisons d’espérer que cet accord se révèle moins mauvais qu’il ne paraît. D’abord, on peut penser qu’Ursula von der Leyen a pris Donald Trump à son propre piège, le laissant célébrer une victoire qui repose en large partie sur de vagues promesses. Ensuite, si certains considèrent que ce deal symbolise l’absence d’Europe politique, il démontre aussi sa nécessité et donne du temps aux 27 pour l’organiser. Ces négociations atypiques prouvent qu'en effet l’Union ne peut plus compter sur les Etats-Unis – du moins tant que D. Trump ou J.D. Vance sera à la Maison-Blanche –, que les intérêts et conceptions des Américains et des Européens ne coïncident plus, et que la Maison-Blanche considère l’Union comme une organisation ennemie.

 

Les institutions de l’Union et les États membres doivent donc déployer des stratégies à moyen et long terme pour limiter leur dépendance vis-à-vis des Etats-Unis – qu’il s’agisse de commerce, d’énergie ou de sécurité – et défendre des valeurs et objectifs auxquelles le Président américain ne souscrit plus. L’Union pourrait profiter de ce tournant dans les relations internationales pour prendre la tête d’une coalition d’États désireux de préserver et promouvoir les principes du multilatéralisme, à rebours des conceptions qui dominent désormais aujourd’hui à Washington, à Moscou et à Pékin. Olivier Costa olivier.costa@cnrs.fr


Article publié par « Conférence », un site internet de Sciences Po destiné à éclairer le débat public, le 22 septembre 2025

 

Nommé à Matignon, Sébastien Lecornu se heurte à une impasse politique : il doit construire une coalition alors que la plupart des partis semblent réticents à participer au gouvernement. Comment comprendre ce désintérêt pour l’exercice du pouvoir ? Olivier Costa, chercheur au CEVIPOF, éclaire cette situation à travers les spécificités institutionnelles du parlementarisme à la française.

 

Sébastien Lecornu a pour mission de faire fonctionner les institutions de la Cinquième République comme un régime parlementaire. Michel Barnier et François Bayrou ne s’y sont pas vraiment essayés : ils ont imposé leur équipe et leur programme, et se sont contentés de se dire ouverts au dialogue avec les autres forces politiques. Le nouveau Premier ministre s’emploie pour sa part à construire une coalition majoritaire ou, a minima, à s’engager formellement à ne pas le censurer. Pour cela, il parle à tout le monde, se montre ouvert sur son programme et prend le temps de négocier. Il bénéficie du changement de configuration à gauche ; la crise qui affecte le Nouveau Front Populaire rend en effet le PS, le PCF et les Verts moins dépendants de LFI et plus à même de négocier avec le Premier ministre. Cependant, rien n’indique pour l’instant qu’un parti extérieur à la coalition du centre et de la droite soit prêt à participer au gouvernement ou, à tout le moins, à s’engager formellement à ne pas le censurer. 

 

Les partis sont-ils prêts à jouer le jeu du parlementarisme ?

 

Pour évaluer les chances de Sébastien Lecornu d’élargir son assise à l’Assemblée nationale, il faut revenir à ce qui motive les élus en général, et les parlementaires en particulier. On peut distinguer trois objectifs principaux.

 

Le premier est la carrière : l’ambition de la grande majorité des députés est de conserver leur mandat ou de conquérir une autre fonction politique prestigieuse. De nombreux citoyens s’en désolent, et critiquent le phénomène de « professionnalisation » de la vie politique qui affecte les démocraties contemporaines. Il faut toutefois rappeler que les parlementaires doivent, pour la plupart, interrompre leur carrière pour exercer leur mandat, et qu’il n’est pas forcément aisé pour eux d’y revenir. Beaucoup d’élus sont donc en quelque sorte prisonniers de leur choix de s’engager en politique, et font le nécessaire pour y durer.

 

Le deuxième objectif d’un élu est de promouvoir ses idées, ses propositions et ses valeurs, et donc d’être en situation de les mettre en œuvre. De même, les partis sont des organisations qui ont, en principe, pour objectif la conquête du pouvoir ; seuls les mouvements radicaux n’y aspirent pas nécessairement, car ils s’inscrivent dans un rejet radical du système politique ou refusent de faire les concessions qu’exige la participation à une coalition gouvernementale.

 

Le troisième objectif de la plupart des élus est de veiller aux intérêts de la collectivité dont ils sont les représentants – ville, département, région ou pays. Si cet aspect est souvent moqué ou tourné en dérision, il reste malgré tout un motif majeur de l’engagement en politique.

 

Les élus arbitrent différemment entre ces trois objectifs : certains renieraient leurs idées pour un poste, tandis que d’autres sont prêts à rester d’éternels opposants pour défendre leurs idées, et d’autres encore sont disposés à se retirer d’une élection pour empêcher le succès de leurs adversaires politiques. 

 

Dans des circonstances normales, l’ambition des élus devrait néanmoins être de gouverner, quelle que soit l’élection à laquelle ils participent. En effet, les trois objectifs mentionnés les y poussent : accéder au pouvoir, c’est tout à la fois disposer de davantage de ressources pour poursuivre sa carrière politique, mettre en œuvre ses idées et servir une certaine conception de l’intérêt général. Dans un régime parlementaire classique – comme l’Allemagne, la Belgique ou l’Italie – le graal pour un parti est d’appartenir à la coalition gouvernementale. Ils ne l’excluent que si son centre de gravité est trop éloigné de leurs orientations politiques, si leurs partenaires exigent des concessions déraisonnables, ou s’ils sont dans une démarche d’opposition frontale au régime.

 

Les spécificités du régime semi-présidentiel français

 

En France, la situation est différente. Les spécificités du régime semi-présidentiel impliquent que l’objectif central des partis et de leurs membres n’est pas de participer au gouvernement mais de conquérir l’Élysée. C’est en effet le lieu cardinal du pouvoir, réel et symbolique, de sorte que les principaux partis sont devenus des organisations au service des ambitions présidentielles d’un homme ou d’une femme. En somme, les institutions de la Cinquième République ont amené les députés et les partis à analyser leurs priorités autrement que dans les régimes parlementaires.

 

 Les responsables politiques français sont ainsi tous animés par la volonté d’accéder à l’Élysée et par la conviction qu’il est nuisible pour cela d’entrer au gouvernement en cours de mandat présidentiel. En effet, sous la Ve République, aucun Premier ministre sortant n’a jamais été élu Président. Plus spécifiquement, les situations de cohabitation ont toutes été préjudiciables au Premier ministre. La première (1986-1988) a vu Jacques Chirac perdre contre le Président sortant François Mitterrand. La deuxième (1993-1995) s’est conclue par l’échec d’Edouard Balladur au premier tour de la présidentielle, et par la victoire de son rival Jacques Chirac. La troisième (1997-2002) a vu le premier ministre Lionel Jospin échouer lui aussi au premier tour de la présidentielle, et a abouti à la réélection de Jacques Chirac. En somme, sous la Cinquième République, les présidents n’ont été réélus qu’à l’issue d’une période de cohabitation (Mitterrand en 1988 et Chirac en 2002) et/ou d’un duel au second tour avec un candidat d’extrême-droite (Chirac en 2002 et Macron en 2022). 

 

L’ombre des prochaines élections présidentielles

 

Plus largement, dans le contexte difficile que connaissent les démocraties libérales, il existe une prime aux partis d’opposition. Ces derniers peuvent axer leur campagne sur la critique du bilan des sortants, dans un registre plus ou moins populiste, et sans devoir préciser leurs propres propositions et solutions. Face au « dégagisme » et à l’érosion de plus en plus rapide de la popularité des têtes de l’exécutif, les responsables politiques considèrent qu’il est peu avantageux de se présenter aux élections en étant aux responsabilités. La règle est valable pour toutes les élections : les présidentielles, mais aussi les municipales, les départementales, les régionales et les européennes. Elles sont en effet l’occasion pour une partie de l’électorat de désavouer l’action du gouvernement et du Président. Cela vaut également pour les élections législatives qui interviennent en cours de mandat présidentiel (1986, 1993, 1997, 2024), et même, par une sorte de dérèglement des institutions de la Cinquième République, pour celles qui suivent directement la présidentielle (2022).

On pourrait penser que l’ampleur de la crise politique et sociale que traverse la France aujourd’hui donne à Sébastien Lecornu les meilleures chances de succès. Après les échecs des gouvernements Barnier et Bayrou, et face à l’urgence d’adopter un budget pour 2026, de calmer la colère sociale et de redresser l’image du pays vis-à-vis de ses partenaires européens et des agences de notation, les partis concernés par le sort du pays devraient se montrer conciliants. S’ils refusent d’entrer au gouvernement, ils pourraient négocier les conditions de l’absence de censure. Mais rien n’est moins sûr. La manière dont les responsables politiques analysent leurs intérêts – carrière, promotion de leurs idées, poursuite du bien commun – les incite à rester dans l’opposition, pour se donner les meilleures chances de l’emporter en 2027. 


 

L'Elysée. Crédit: Elysée
L'Elysée. Crédit: Elysée


Une ressource paradoxale pour Sébastien Lecornu ? 

 

Est-ce à dire que la mission de Sébastien Lecornu est vouée à l’échec ? Paradoxalement non, là encore en raison des obsessions élyséennes des uns et des autres. Si le Premier ministre va sans doute se heurter au faible enthousiasme de ses interlocuteurs pour s’entendre avec lui, il pourrait aussi tirer profit de leur peu d’entrain à gouverner. En effet, une fois son équipe constituée, les leaders de l’opposition n’auront pas d’intérêt immédiat à sa chute et préfèreront sans doute le laisser en poste jusqu’en 2027. Cela leur permettra de faire des élections municipales un test de popularité pour le gouvernement, puis d’aborder la présidentielle dans la position la plus favorable, celle d’opposants à l’exécutif sortant. La passion des responsables politiques français pour l’élection présidentielle est donc tout à la fois la principale difficulté que doit affronter le Premier ministre pour former son équipe, et sa meilleure ressource pour durer à Matignon.


Olivier Costa

 


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