La présidentielle rend fou
- Olivier Costa

- il y a 5 jours
- 4 min de lecture

Les lecteurs attentifs me diront que j’ai publié il y a quatre mois un billet de blog qui porte quasiment le même titre (« La V° République rend fou »). C’est exact. Mais comme le disait un collègue, éminent juriste de l’ancienne école, « il vaut mieux se répéter que se contredire ». Ainsi, quand j’écris un article, je pèse toujours mes mots et ne cède jamais à mon humeur du moment, de manière à être encore d’accord avec moi six mois plus tard.
En octobre 2025, à l’époque du psychodrame Lecornu – ce nouveau premier ministre qui avait choisi de démissionner moins de 24 heures après avoir été nommé, pour finalement revenir quand même – j’écrivais qu’il était impossible de faire fonctionner la V° République comme un régime parlementaire, car les débats à l’Assemblée nationale sont entièrement conditionnés par les ambitions présidentielles des chefs et sous-chefs des multiples partis. Les uns et les autres n’ayant aucun intérêt, ni à gouverner, ni à être conciliants avec ceux qui le font, il est impossible de construire une majorité si aucun camp ne l’emporte clairement lors des législatives.
Sébastien Lecornu a finalement tenu bon, mais il n’a fait passer aucun texte important et a dû recourir par deux fois au 49.3 pour doter le pays d’un budget. Tout le monde s’était enfin mis d’accord sur la nécessité de réduire le déficit, ce qui n’allait pas de soi un an plus tôt, mais personne n’a voulu faire le moindre effort pour y contribuer. Le budget 2026 présente donc un déficit abyssal – 124,4 milliards d’euros, soit 5% du PIB – ce qui n’augure rien de bon.
Depuis, l’hystérie présidentielle n’a fait qu’empirer. Chaque jour, une autre gloire du passé ou un nouvel inconnu annonce sa possible candidature avec la gravité d’un héros de film d’action. L’autre soir, en voyant Jack Lang à la télévision, j’ai craint qu’il ne vienne se déclarer lui aussi, mais il venait juste dire que Jeffrey Epstein était un type sensationnel, qui avait un goût très sûr en matière d’art. Ouf ! Plus d’un an avant l’élection présidentielle, prévue au printemps 2027, j’ai fait le compte des personnalités qui ont annoncé leur candidature ou ont évoqué publiquement cette éventualité. C’est édifiant.
A l’extrême-droite, les 4 candidats officiels sont Jordan Bardella (RN), Eric Zemmour (Reconquête !), François Asselineau (UPR) et Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France). Sarah Knafo (Reconquête !) brûle des cierges pour que son compagnon lui cède la place, et Marine Le Pen pour que la Cour d’appel se montre clémente et renvoie Jordan Bardella au Parlement européen. Philippe de Villiers, fort de sa popularité sur CNews, est en embuscade.
A droite et au centre, il y a 3 candidats déclarés : Édouard Philippe (Horizons), Bruno Le Maire (RE) et David Lisnard (LR). Mais bien d’autres ont fait connaître leur disponibilité et se préparent à la façon de Rocky Balboa, en priant pour qu’il arrive un malheur aux trois premiers : François Bayrou (MoDem), Gabriel Attal (RE), Gérald Darmanin (Divers Centre), Xavier Bertrand (LR), Dominique de Villepin (La France Humaniste), Michel Barnier (LR), Aurore Berger (RE), Elisabeth Borne (RE), Yaël Braun-Pivet (RE), Jean Castex (DVD), Laurent Wauquiez (LR), Valérie Pécresse (LR), Manuel Valls (RE) et Bruno Retailleau (LR).
A gauche, on compte 6 candidats déclarés à l’élection ou à une primaire : François Ruffin (Debout!), Clémentine Autain (L’Après), Marine Tondelier (EELV), Jérôme Guedj (PS), Delphine Batho (GE) et Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière). Mais bien d’autres ont affirmé publiquement songer à faire don de leur personne à la Nation : Olivier Faure (PS), François Hollande (PS), Carole Delga (PS), Ségolène Royal (SE), Raphaël Glucksmann (Place Publique), Bernard Cazeneuve (La Convention), Yannick Jadot (Les Ecologistes), Sandrine Rousseau (Les Ecologistes) et Fabien Roussel (PCF). Quant à Jean-Luc Mélenchon (LFI), qui affirme depuis 2022 qu’il cèdera sa place en 2027, seul un jeune enfant a pu croire cela.
Enfin, plusieurs personnes issues de la société civile ont fait connaître leur désir de mettre leurs compétences au service du redressement du pays : Patrick Sébastien (Ça suffit), Michel-Edouard Leclerc, Mathieu Pigasse et Teddy Riner. Mais j’en oublie sans doute.

Si je résume, nous avons déjà une douzaine de candidats officiels et un total de 44 personnalités qui ont publiquement évoqué la possibilité de se présenter l’an prochain. Je répète donc que l’élection présidentielle est fondamentalement toxique pour la vie démocratique du pays, car elle attire les illuminés et rend marteaux des gens a priori équilibrés. Et plus le jeu semble ouvert et incertain, plus la situation devient chaotique. Face à l’émiettement du paysage politique français, les personnes les plus insignifiantes se disent, en apercevant leur reflet dans la glace au saut du lit : « Mais, si Hollande, qui a le charisme et l’autorité d’un chinchilla, et Macron, qui n’avait jamais été élu à rien et n'avait pas de parti, ont réussi, pourquoi pas moi ? »
2027 sera assurément un grand cru...
Olivier Costa


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