L’investiture de Bruno Retailleau par les militants LR ne règle rien
- Olivier Costa

- il y a 4 jours
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Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Le choix par les militants LR de Bruno Retailleau comme candidat à l’élection présidentielle de 2027 n’apporte aucune solution aux problèmes dont souffre la droite depuis 2012. Elle met simplement en lumière ses contradictions et ses faiblesses structurelles. Derrière l’apparente unité affichée par LR se cachent en effet des divisions profondes, une base militante en déclin et une absence de coordination avec les autres partis du centre et de la droite. En outre, le choix de M. Retailleau ne conjure pas le risque d’une multiplication des candidats issus de la droite et du centre, qui les priverait une troisième fois de l’accès au second tour de la présidentielle.

1. Un référendum révélateur des faiblesses de LR
Le référendum interne organisé par LR pour décider du mode de désignation de son candidat a abouti à une large victoire de Bruno Retailleau : 73,8 % des votants se sont en effet prononcés pour que le président du parti porte ses couleurs aux présidentielles. Seuls 12,2% ont soutenu l'organisation d'une primaire réservée aux candidats LR et 14% une primaire ouverte.
La victoire de M. Retailleau n’a toutefois rien d’un plébiscite. Il a été élu président du parti il y a moins d’un an, et il aurait été surprenant que les militants ne lui renouvellent pas leur confiance. Son score doit même être relativisé : la participation a été médiocre, avec seulement 60 % des inscrits. En outre, le nombre des adhérents est en net déclin : le parti en comptait 120.000 en mai dernier, contre moins de 77.000 aujourd’hui. En second lieu, le résultat du référendum n’a manifestement pas apaisé les tensions au sein de la formation. Plusieurs de ses figures influentes ont exprimé des réserves quant à la légitimité du processus ou au choix de M. Retailleau, et affiché leurs divergences. Laurent Wauquiez, par exemple, a rappelé que la désignation d’un candidat ne suffisait pas à garantir une dynamique électorale, tandis que Jean-François Copé a souligné que le parti devait se reconstruire avant de prétendre à la victoire. La stratégie droitière de M. Retailleau – qui a soutenu Eric Ciotti dans son duel avec Christian Estrosi à Nice – est aussi contestée par ceux qui, comme Gérard Larcher, pensent que l’accès du candidat LR au second tour dépendra de sa capacité à mobiliser les électeurs du centre.
Le principe et les modalités du référendum interne ont, eux-mêmes, été critiqués. Le choix de poser trois questions différentes, de fait mutuellement exclusives, était en effet discutable, méthodologiquement parlant. La campagne a aussi été menée dans l’urgence, sans véritable débat, et certains leaders du parti se sont ostensiblement abstenus ou ont déclaré avoir voté blanc – comme plus de 1.500 adhérents. Enfin, se pose la question de la légitimité de cette désignation : les 45.000 adhérents qui ont choisi M. Retailleau sont-ils représentatifs de l’électorat de droite en France ?
2. Le problème de la multiplication des candidats reste entier
Même si Bruno Retailleau est officiellement le candidat de LR aux prochaines présidentielles, la droite et le centre restent fragmentés. Face à l’absence de candidat sortant et de candidats naturels dans la plupart des partis – à l’exception du RN et de LFI – de nombreux responsables se sentent pousser des ailes. On compte plus de 50 candidats à la candidature… Les précédentes élections présidentielles, tout comme les enquêtes d’opinion, montrent en effet que la situation est très volatile. Puisque l’incertitude domine et que tout semble possible, les vocations se multiplient. Edouard Philippe (Horizons) et Gabriel Attal (Renaissance) sont bien décidés à se présenter, et une ou plusieurs candidatures dissidentes ne sont pas à exclure du côté des Républicains. Or, en 2017 et 2022, la dispersion des voix entre les différents candidats de droite avait conduit à leur élimination face à Emmanuel Macron et Marine Le Pen.
Si la droite part à nouveau en ordre dispersé, il est probable que le second tour réunisse Jordan Bardella et un candidat de gauche. Une telle configuration signerait un nouvel échec historique de la droite républicaine et traduirait son incapacité structurelle à incarner une alternative crédible face à l’extrême-droite, au centre et à la gauche. Certains Républicains espèrent encore qu’une union avec d’autres forces de droite ou du centre (comme Horizons et le MoDem, voire Renaissance) permette de concentrer les voix. Mais cette stratégie se heurte à plusieurs obstacles. Il y a d’abord des divergences idéologiques : LR reste ancré dans une ligne conservatrice – voire droitière, depuis l’arrivée de M. Retailleau à la tête du parti – alors qu’Édouard Philippe et Gabriel Attal défendent des positions plus libérales et centristes. Il y a ensuite les ambitions individuelles des uns et des autres qui rendent toute alliance improbable sans un accord préalable sur le partage des rôles. Les leaders de la droite répètent tous à l’envi qu’un seul d’entre eux doit se porter candidat, mais ils sont dans la situation de ces héros de film d’action qui foncent au volant de leurs bolides l’un vers l’autre, à qui renoncera le premier. Enfin, il y a un manque de leadership : à l’inverse de 2017, où François Fillon avait réussi à fédérer une large partie de la droite – avant d’être rattrapé par les affaires – LR ne dispose pas aujourd’hui d’une figure capable de rassembler.
Face à cette fragmentation, une partie de l’électorat de droite pourrait se tourner vers l’abstention, le vote utile pour le candidat modéré le mieux placé ou le vote protestataire. En 2022, Valérie Pécresse (LR) et Anne Hidalgo (PS) avaient fait les frais de ces logiques au bénéfice d’Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, et réalisé des scores historiquement bas : 4,78% pour la première et 1,75% pour la seconde.
3. Une primaire est-elle encore possible ?
En 2017, la primaire ouverte de la droite et du centre avait été présentée comme une solution innovante pour éviter les divisions et désigner un candidat légitime et consensuel. Le succès de François Fillon avait montré que le modèle pouvait fonctionner – abstraction faite des scandales qui l’ont ensuite entravé. Mais en 2022, la primaire avait été un échec : elle s’était soldée par un fiasco organisationnel, une division durable du camp des Républicains et un naufrage électoral pour Valérie Pécresse. La situation n’avait pas été meilleure à gauche, avec la désignation à l'issue d'une primaire de Christiane Taubira, qui avait fini par renoncer à se présenter.
Aujourd’hui, le recours à une primaire apparaît davantage comme un pis-aller que comme une solution. Elle est le symptôme de l’émiettement politique en France (rappelons que l’Assemblée nationale compte 11 groupes parlementaires), de la montée des extrêmes et de l’absence de leadership. Elle pose aussi trois problèmes cruciaux. D’abord, organiser une primaire nécessite une logistique importante (budget, sécurité, médiatisation…), ce qui pose la question de son financement ; les partis concernés n’ont plus les moyens de mobiliser des ressources comparables à celles de 2017 – surtout pas LR, qui souffre encore de n’avoir pas été remboursé de ses frais de campagne en 2022. Ensuite, une primaire pourrait, comme en 2022, exacerber les tensions entre les courants de la droite, sans garantie de résultat. En dernier lieu, à un an du scrutin, personne chez LR ne s’accorde sur ce qu’il faut entendre par « primaire ». La question de son périmètre est très contestée : faut-il inclure des candidats du centre et/ou de la droite radicale ? Celle de la base électorale n’est pas moins disputée : faut-il réserver la primaire aux militants des partis impliqués, l’ouvrir aux sympathisants, voire à tous les électeurs ? Dans le dernier cas, les risques de manipulations sont réels, comme en témoigne la désignation surprise en 2017 de Benoît Hamon au terme de la primaire de la gauche, à laquelle des citoyens venus du centre et de la droite ont sans doute participé pour favoriser le candidat le moins susceptible de l’emporter.
4. Les sondages, une alternative hasardeuse
Face à l’impossibilité de désigner un candidat par la voie d’une primaire ou d’un référendum interne, LR pourrait s’en remettre aux sondages. L’idée serait de désigner le candidat le mieux placé dans les intentions de vote, comme ce fut le cas en 2012 avec Nicolas Sarkozy ou en 2017 avec François Fillon. Ce serait aussi le meilleur moyen pour le parti de trouver les financements nécessaires à la campagne : après la débâcle de 2022, les banques exigeront en effet des garanties, ce qui incitera le parti à opter pour le candidat le plus capable de franchir le seuil des 5% des suffrages – qui conditionne le remboursement des frais de campagne. Rappelons que, pour l’heure, les sondages ne créditent M. Retailleau que d’un score timide, inférieur à 10%.
Cette stratégie est cependant risquée. D’abord, les sondages ne reflètent pas la réalité électorale finale, tout particulièrement pour les présidentielles, qui donnent toujours lieu à une campagne pleine de rebondissements. Lors des derniers scrutins, les sondages réalisés à un an de l’échéance ont toujours été désavoués par les électeurs. L’annonce des candidatures officielles et d’éventuels alliances et ralliements est en effet très tardive. Les dynamiques électorales sont aussi fortement liées à des évènements (crise économique ou internationale, scandale, contre-performance lors d’un débat, retrait subi d’un candidat) qui peuvent bouleverser la donne.
Enfin, le recours aux sondages pour départager les candidats porte un triple risque. Le premier est celui de tensions entre les prétendants d’un même parti, qui se trouvent en compétition jusqu’au dernier moment, et n’ont pas le temps d’enterrer la hache de guerre et de se rallier au candidat officiel. Le deuxième risque est la démobilisation des électeurs face à un choix dépourvu d’enthousiasme, produit d’un processus purement arithmétique et stratégique. Enfin, cette approche des choses laisse planer le doute quant à la capacité du parti à promouvoir une ligne politique : la multiplicité des candidats à l’investiture s'oppose à l’élaboration collective d’un programme et, quand bien même il existerait, rien ne garantit que le candidat finalement choisi ne le reprenne à son compte.
Olivier Costa



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