Faut-il choisir le futur Président sur catalogue ?
- Olivier Costa

- il y a 2 jours
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Jordan Bardella, le président du RN, soigne son image de présidentiable, multipliant les apparitions dans la presse à sensation et les rencontres avec les grands patrons. Cette stratégie de dédiabolisation cache toutefois mal une absence de compétences et un programme lacunaire. Le RN a en effet construit son succès sur la capacité de ses leaders à ne jamais prendre position sur rien, si ce n’est pour dénoncer « le système » et l’échec des gouvernants. Il est grand temps que le débat porte sur le programme et les propositions.

Le gendre idéal confronté aux grands patrons
A un an des élections présidentielles, deux constats s’imposent : Jordan Bardella est en tête des intentions de vote et les partis de gouvernement sont incapables de s’entendre pour limiter le nombre de leurs candidats. Toutes les conditions semblent réunies pour que le leader du RN emporte le scrutin. Dans cette perspective, M. Bardella soigne son image de gendre idéal, en faisant connaître le joli minois de sa compagne par la presse pipole, et se rapproche des milieux économiques, dont il aimerait gagner la confiance. Plusieurs rencontres et déjeuners ont ainsi eu lieu entre les responsables du RN et des grands patrons.Ces derniers sont des gens discrets et prudents, qui veulent éviter de se fâcher avec le possible prochain locataire de l’Élysée et ses potentiels futurs ministres. Néanmoins, il ressort de leurs conversations et déclarations « off » qu’ils n’ont été impressionnés ni par la vivacité d’esprit de leurs interlocuteurs, ni par leur connaissance des dossiers, ni par le sérieux de leur programme économique. De nombreux experts l’ont analysé point par point, et ont souligné ses carences et contradictions. Les réseaux sociaux se sont emballés autour de déclarations prêtées à Patrick Martin, le président du Medef, au sujet du piètre niveau en économie et en géopolitique de Jordan Bardella.
La compétence compte-t-elle en politique ?
Les soutiens du candidat du RN ont hurlé à la manipulation et à la fake news. Mais, que ces propos aient été tenus ou pas, il est grand temps que l’on se penche sérieusement sur ce qu’il entendrait faire une fois au pouvoir, et que le débat public porte, non plus sur sa romance princière, mais sur sa capacité à gouverner le pays, puisque telle est sa prétention.
Certes, la politique n’est pas qu’affaire de savoir et de compétences. Certains grands leaders n’étaient pas bardés de diplômes et, inversement, les forts en thème n’ont pas toujours brillé quand ils étaient au pouvoir. Cela dit, quand on veut gouverner, il est utile de connaître le fonctionnement des institutions publiques et de maîtriser les grands dossiers qu’elles doivent gérer. Quelle est la différence entre un décret et une loi ? A quoi sert le Conseil d’État ? Comment se calcule le PIB d’un pays ? Pourquoi la dette publique pose-t-elle problème ? Que dit l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord ? Quelle est la différence entre le chiffre d’affaires et le bénéfice d’une entreprise ? Où en est-on de la décarbonation de l’économie française ? Quelles sont les conséquences économiques et géopolitiques du blocage du Détroit d’Ormuz ? A toutes ces questions, un responsable politique doit être capable de répondre autrement qu’avec des phrases de media training.
Les leaders du RN n’ont jamais démontré une telle capacité. Certes, ils ne sont pas les seuls, et il y a des élus peu compétents dans tous les partis. Mais s’ils se contentent de s’agiter dans les médias, les manifestations ou les travées de l’Assemblée nationale, peu importe. La situation est plus préoccupante s’agissant de Jordan Bardella et Marine Le Pen, qui sont aux portes du pouvoir. Ils ont été des étudiants médiocres, n’ont jamais eu d’activité professionnelle autre que la politique, et sont très peu impliqués dans le travail des institutions auxquelles ils appartiennent. Il en va de même de la plupart des élus du RN qui pourraient entrer au gouvernement, dont les cv n’impressionnent pas et qui n’ont jamais tenu des propos particulièrement inspirants.
Longtemps, les responsables du RN ont justifié leur manque de compétence et d’expérience par leur probité et leur capacité à traduire les préoccupations du peuple. Mais chacun sait qu’ils sont désormais empêtrés dans toutes sortes d’affaires mettant en cause leur mauvaise gestion de l’argent public et leur tendance à se l’accaparer. En outre, personne ne peut croire qu’ils connaissent le quotidien des Français les plus modestes : Mme Le Pen a hérité de son père une fortune considérable, tandis que Jordan Bardella, qui cumule ses fonctions de député européen et de président du RN, gagne 25 ou 30.000 Euros brut par mois et fréquente une princesse richissime.
Au RN, des leaders très taiseux
Comment alors expliquer la cote de popularité dont jouissent Jordan Bardella et Marine Le Pen ? D’abord, ils surfent sur la vague populiste qui déferle sur toutes les démocraties avancées, et se nourrit de la peur du déclin. Ensuite, ils se distinguent par leur capacité à ne jamais rien dire qui puisse déplaire à la plupart des Français. Depuis que le RN a entrepris sa stratégie de dédiabolisation, ses responsables ne se prononcent plus sur rien. Afin d’éviter de dire des âneries, de s’aliéner tel ou tel groupe de la population, ou d’être contredits par les journalistes, leurs opposants ou les experts, ils se contentent, quel que soit le sujet, de dénoncer les étrangers et le « système » (élites, médias, Europe).
Aux élections municipales, le mois dernier, la quasi-totalité des candidats du RN ont utilisé la même profession de foi, dépourvue de tout élément concret relatif à la situation de la ville où ils se présentaient. Quelques mots-clés et un photomontage aux côtés de Jordan Bardella et Marine Le Pen ont suffi à convaincre une partie des électeurs de voter pour eux. Aux présidentielles de 2017 et 2022, chacun a pu juger du manque de connaissances et de préparation de Marine Le Pen lors des débats télévisés. Ce qui domine au RN, c’est toujours le flou des constats, la faiblesse des analyses, l’ignorance du contexte et l’irréalisme des propositions.
Mais cette prudence paie, car elle ménage les électeurs. Depuis quinze ans il est impossible de connaître les positions du RN, qu’il s’agisse de la crise financière, du mouvement des Gilets jaunes, du COVID, de la guerre en Ukraine, de la désindustrialisation ou du déficit budgétaire. Dans un registre bistrotier, ils se contentent de dire que « ça commence à bien faire » et de dénoncer des complots menés par de mystérieux « ils ». Mais qu’auraient fait les responsables du RN s’ils avaient été au pouvoir ? On l’ignore. Quelle attitude la France doit-elle aujourd’hui adopter vis-à-vis des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine ? Faut-il travailler plus et plus longtemps ? Doit-on sabrer dans les dépenses sociales ? Faut-il interdire les pesticides ? Doit-on réformer l’organisation territoriale du pays ? La France doit-elle sortir de l’Union ou de l’OTAN ? Comment renforcer la compétitivité des industries françaises ? Que faire pour réduire le déficit public ? Impossible de le savoir en lisant la prose du RN ou en écoutant ses leaders.
La campagne doit porter sur les compétences et les programmes
Le débat public ne peut se résumer à des anathèmes, des petites phrases et des romans-photos. Il doit porter sur la substance. Les candidats doivent parler analyses, objectifs, chiffres et projets. Car, en démocratie, il n’est pas acceptable que les leaders fassent campagne sur leur bonne mine, pour gouverner ensuite au gré de leurs convictions cachées, de leurs intérêts ou de leurs foucades. Chacun a pu voir ce qu’il en coûtait d’élire un Viktor Orban ou un Donald Trump, qui ont fait campagne sur un nationalisme fruste et des promesses en l’air, et ont ensuite gouverné sans se soucier des attentes et besoins de la population. Il serait utile que la France apprenne des expériences des autres et s’épargne telle situation.
Olivier Costa



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