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Des municipales qui entretiennent la confusion pour les présidentielles

Dernière mise à jour : 26 mars

Le second tour des municipales a révélé un paysage politique local qui n’a jamais été aussi fragmenté. Parce que la France compte 34 935 communes de toutes tailles, il était facile pour les responsables politiques de clamer leurs victoires respectives au soir du scrutin. Quelques jours plus tard, les appareils des partis se sont réunis et les masques sont tombés. On peut enfin tirer les leçons de la séquence. Nous en retiendrons trois : l’émiettement du paysage politique local, le rejet des alliances opportunistes, et l’absence de clarification en vue des présidentielles.

 

 

1.     La fragmentation politique nationale a contaminé le local

 

Jusqu’en 2017, la Cinquième République a été gouvernée par deux blocs, la gauche et la droite, composés chacun de deux grandes formations – socialistes et communistes, d’un côté, gaullistes et démocrates-chrétiens, de l’autre. Mais ce schéma a souffert des divisions au sein de ces partis et de l’émergence de nouveaux protagonistes – RN, Écologistes, extrême-gauche… Ces évolutions ont permis à Emmanuel Macron de se faire élire en 2017, et d’achever le dynamitage de la bipolarisation à la française.

 

Cependant, le macronisme ne s’est pas imposé comme une force politique centrale, les partis traditionnels ont résisté, et les extrêmes se sont renforcés. En conséquence, l’Assemblée nationale est émiettée en 11 groupes politiques, et reste dépourvue de majorité. Et plus de 50 responsables politiques ont déjà fait connaître leur intention de se présenter aux élections présidentielles de 2027...

Alors qu'on ne comptait que 23 partis en 1990, il y en a aujourd'hui 652 – en ce inclus les centaines de « micro-partis » que les élus créent pour financer leurs activités politiques ou nourrir leurs ambitions présidentielles. Le nombre de militants n’a, quant à lui, jamais été aussi faible.

 

Désormais, l’émiettement politique qui mine l’Assemblée nationale touche les communes, ou, du moins, les plus grandes d’entre-elles, celles où la campagne met aux prises des listes aux étiquettes politiques bien définies. Tous les partis prétendent avoir gagné, mais tous sont, soit en recul, soit déçus.


 

Bilan du second tour (ne concerne pas les 94% de Communes où un seul tour à suffi)
Bilan du second tour (ne concerne pas les 94% de Communes où un seul tour à suffi)

Les partis les mieux ancrés à l’échelle locale, le PS et LR, voient le nombre de communes qu’ils détiennent baisser, du fait de la concurrence des autres forces politiques parties à la conquête des villes (voir le graphique ci-dessous). Le bilan de ces derniers n’est toutefois pas fameux. Le RN revendique quelques succès, mais il se heurte à un plafond de verre – l’incapacité à mobiliser des électeurs issus des partis modérés – et ses résultats sont sans rapport avec son poids dans l’électorat, puisqu’il est le premier parti de France. LFI est dans une situation symétrique : partant d’encore plus bas, il a pu revendiquer une progression, mais il a perdu les deux seules villes qu’il dirigeait et ses succès sont limités. Renaissance clame également un succès, mais le constat est sans appel : le parti n’a pas réussi à s’ancrer localement, et il disparaîtra sans doute avec le départ d’Emmanuel Macron de l'Elysée. Quant aux Écologistes, qui avaient enregistré des succès remarquables dans les grandes villes en 2020, ils sont en déroute, en raison d’un positionnement politique illisible – notamment vis-à-vis de LFI –, d’un bilan contrasté et des attaques méthodiques dont ils font l’objet depuis quelques années à droite et dans certains médias.


 



Désormais, ce sont trois France politiques qui se dessinent. Il y a celle des grandes villes, qui sont surtout gouvernées par la gauche non-LFI (Paris, Lyon, Marseille, Lille, Nantes, Montpelier, Rennes, Strasbourg, Saint-Etienne, Grenoble…) et le centre et la droite modérée (Bordeaux, Toulouse, Toulon, Le Havre, Reims, Angers…). Elles sont dominées par un électorat aisé et diplômé, sensible au progrès social et sociétal ainsi qu'aux enjeux environnementaux, que l'on retrouve dans toutes les grandes villes des démocraties avancées (Londres, New-York, Münich, Rome, Barcelone, etc.). Il y a celle des villes moyennes, qui sont largement dirigées par Les Républicains et, dans une moindre mesure, le PS. Et il y a celle des villes de la périphérie (banlieues ou territoires en crise économique), où les partis extrémistes rencontrent un succès croissant : le RN, qui capitalise sur le vote des citoyens animés par un sentiment de déclassement et de surdité des élites à leur endroit, et LFI, qui mobilise dans les rangs de la jeunesse et des habitants des quartiers défavorisés.


 

Source: Le Monde / Ministère de l'Intérieur
Source: Le Monde / Ministère de l'Intérieur

 


 

2.     Les électeurs n’apprécient pas les alliances contre-nature

 

Certains anticipaient de nombreuses fusions entre des listes LR et RN, à la faveur de la montée en puissance du parti de Jordan Bardella et de l’évolution des positions des militants LR, désormais favorables à ce rapprochement. Mais elles n’ont pas eu lieu ; on ne peut que mentionner le cas de Nice, où Eric Ciotti, allié du RN, a été élu avec le soutien tacite de Bruno Retailleau, le patron des Républicains, qui n’a pas appelé à voter pour le candidat Horizons Christian Estrosi. Cette perspective de fusion des droites a néanmoins alimenté un récit « antifasciste », destiné à justifier les alliances entre les listes de la gauche unie, conduites par le PS ou les Écologistes, et les listes LFI concurrentes, et ce malgré l’engagement pris par Olivier Faure et d’autres leaders de gauche de couper les ponts avec les Insoumis.


Ce revirement a été mal perçu par les électeurs de gauche, qui se sont laissé tenter par l’abstention ou le vote pour des listes du centre et de la droite. Les analyses détaillées des résultats dans les grandes villes où ces attelages ont été défaits montrent une importance déperdition de voix entre les deux tours. Le phénomène n’est pas nouveau. Il faut se souvenir qu’en 2020, nombre de grandes villes avaient été conservées ou conquises par la gauche alliée aux écologistes en réaction à des alliances de second tour entre des candidats macronistes et Les Républicains – comme à Strasbourg, Bordeaux ou Clermont-Ferrand.

 

Les sondages montrent que les alliances des partis de gauche avec LFI sont massivement rejetées, y compris par les militants du PS. Celles entre LR et le RN sont vues plus favorablement par les militants de droite, mais jugées durement par les autres citoyens. Ces réticences mettent le PS et LR dans une situation inextricable en vue des présidentielles. En effet, certains estiment que, sans alliance avec les partis radicaux, les prochaines législatives (mais aussi départementales et régionales) risquent d'être un désastre pour le PS comme pour LR. Mais ces alliances suscitent des conflits au sein des deux partis, et si les candidatures aux présidentielles s'y multiplient, il est probable que le second tour verra s’affronter Jean-Luc Mélenchon et Jordan Bardella, et que le leader du RN l’emportera.

 


3.     Les municipales ne clarifient pas le jeu pour les présidentielles

 

De nombreux responsables politiques et commentateurs espéraient que les municipales clarifient la situation politique à l’échelle nationale. A l’approche des présidentielles, tout scrutin est en effet une opportunité de mesurer les forces en présence, mais les résultats complexes des municipales ne permettent pas de tirer un bilan univoque de la situation.

 

À l’exception des formations extrémistes – LFI, RN et Reconquête ! – aucune n’a de candidat pressenti pour les présidentielles. Les partis ne s’entendent même pas sur la procédure de désignation. Chez Les Républicains, on hésite entre une primaire fermée (réservée aux candidats du parti et aux adhérents), une primaire semi-ouverte (ouverte aux candidats des autres formations du centre et de la droite, mais tranchée par les seuls adhérents) et la désignation directe du candidat par les adhérents. Dans les rangs de LR certains, comme Laurent Wauquiez et David Lisnard (qui vient de quitter le parti pour cette raison), plaident pour une primaire ouverte, qui inclurait les centristes et Sarah Knafo. Au sein de la gauche non-insoumise, c’est la cacophonie : le PS n’a pas participé à la dernière réunion inter-parti sur le sujet, et son Premier Secrétaire est très contesté en interne au sujet de son attitude vis-à-vis de LFI.

 

Dans les deux camps, la question des alliances reste entière : LR doit-il s’entendre avec les autres partis du centre et de la droite en vue d’une candidature unique ? Ou envisager une alliance avec le RN – comme le prône Eric Ciotti ? Le PS doit-il couper les ponts avec LFI ou ressusciter le NFP en vue des prochaines législatives ? Doit-il participer à une primaire de la gauche ? Si oui, doit-elle inclure LFI ? Faut-il, au contraire, envisager des contacts avec les partis du centre et de la droite modérée, et créer un Front républicain contre, à la fois, LFI et le RN ?

 

Les divisions sont profondes et entretiennent une confusion propice à la multiplication des candidatures. Deux rationalités s’affrontent, et la synthèse n'est pas proche. Fondamentalement, les partis auraient intérêt à s’entendre rapidement, pour limiter le nombre des prétendants et permettre à leur candidat de débuter sa campagne tôt et de se faire connaître. Les piètres résultats d’Anne Hidalgo (1,75%), Valérie Pécresse (4,78%), Yannick Jadot (4,63%) et Fabien Roussel (2,28%) en 2022 plaident en ce sens. Cela étant, personne ne veut faire le premier pas et la première concession, et les nombreux outsiders savent qu’ils ne pourront tirer leur épingle du jeu que dans la confusion et le chacun pour soi. François Hollande et Emmanuel Macron, que personne ne voyait à l'Elysée six mois avant les élections de 2012 et 2017, peuvent en témoigner…

 

 

Olivier Costa

 
 
 

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